4.
L'opportunité d'une telle initiative découle de diverses considérations.
La première concerne l'urgence de faire face à une certaine
crise de cette prière qui, dans le contexte historique et théologique
actuel, risque d'être à tort amoindrie dans sa valeur et ainsi
rarement proposée aux nouvelles générations. D'aucuns pensent
que le caractère central de la liturgie, à juste titre souligné
par le Concile cuménique Vatican II, a eu comme conséquence
nécessaire une diminution de l'importance du Rosaire. En réalité,
comme le précisait PaulVI, cette prière non seulement ne
s'oppose pas à la liturgie, mais en constitue un support,
puisqu'elle l'introduit bien et s'en fait l'écho, invitant à la
vivre avec une plénitude de participation intérieure, afin d'en
recueillir des fruits pour la vie quotidienne.
D'autres
craignent peut-être qu'elle puisse apparaître peu cuménique
en raison de son caractère nettement marial. En réalité, elle
se situe dans la plus pure perspective d'un culte à la Mère de
Dieu, comme le Concile Vatican II l'a défini: un culte orienté
vers le centre christologique de la foi chrétienne, de sorte
que, " à travers l'honneur rendu à sa Mère, le Fils [...]
soit connu, aimé, glorifié ".8 S'il est redécouvert de
manière appropriée, le Rosaire constitue une aide, mais
certainement pas un obstacle à l'cuménisme.
La voie de
la contemplation
5.
Cependant, la raison la plus importante de redécouvrir avec
force la pratique du Rosaire est le fait que ce dernier constitue
un moyen très valable pour favoriser chez les fidèles
l'engagement de contemplation du mystère chrétien que j'ai
proposé dans la lettre apostolique Novo millennio ineunte comme
une authentique "pédagogie de la sainteté": " Il
faut un christianisme qui se distingue avant tout dans l'art de
la prière ".9 Alors que dans la culture contemporaine, même
au milieu de nombreuses contradictions, affleure une nouvelle
exigence de spiritualité, suscitée aussi par les influences
d'autres religions, il est plus que jamais urgent que nos
communautés chrétiennes deviennent " d'authentiques écoles
de prière ".10
Le Rosaire
se situe dans la meilleure et dans la plus pure tradition de la
contemplation chrétienne. Développé en Occident, il est une
prière typiquement méditative et il correspond, en un sens, à
la " prière du cur " ou à la " prière de
Jésus ", qui a germé sur l'humus de l'Orient chrétien.
Prière pour
la paix et pour la famille
6. Certaines
circonstances historiques ont contribué à une meilleure
actualisation du renouveau du Rosaire. La première d'entre elles
est l'urgence d'implorer de Dieu le don de la paix. Le Rosaire a
été à plusieurs reprises proposé par mes Prédécesseurs et
par moi-même comme prière pour la paix. Au début d'un millénaire,
qui a commencé avec les scènes horribles de l'attentat du 11
septembre 2001 et qui enregistre chaque jour dans de nombreuses
parties du monde de nouvelles situations de sang et de violence,
redécouvrir le Rosaire signifie s'immerger dans la contemplation
du mystère de Celui " qui est notre paix ", ayant fait
" de deux peuples un seul, détruisant la barrière qui les
séparait, c'est -à- dire la haine " (Ep 2, 14). On ne peut
donc réciter le Rosaire sans se sentir entraîné dans un
engagement précis de service de la paix, avec une attention
particulière envers la terre de Jésus, encore si éprouvée, et
particulièrement chère au cur des chrétiens.
De manière
analogue, il est urgent de s'engager et de prier pour une autre
situation critique de notre époque, celle de la famille, cellule
de la société, toujours plus attaquée par des forces
destructrices, au niveau idéologique et pratique, qui font
craindre pour l'avenir de cette institution fondamentale et
irremplaçable, et, avec elle, pour le devenir de la société
entière. Dans le cadre plus large de la pastorale familiale, le
renouveau du Rosaire dans les familles chrétiennes se propose
comme une aide efficace pour endiguer les effets dévastateurs de
la crise actuelle.