8. Il serait
impossible de citer la nuée innombrable de saints qui ont trouvé
dans le Rosaire une authentique voie de sanctification. Il
suffira de rappeler saint Louis Marie Grignion de Montfort,
auteur d'une uvre précieuse sur le Rosaire,12 et plus près
de nous, Padre Pio de Pietrelcina, qui j'ai eu récemment la joie
de canoniser. Le bienheureux Bartolo Longo eut un charisme spécial,
celui de véritable apôtre du Rosaire. Son chemin de sainteté
s'appuie sur une inspiration entendue au plus profond de son cur:
" Qui propage le Rosaire est sauvé! ".13 À partir de
là, il s'est senti appelé à construire à Pompéi un
sanctuaire dédié à la Vierge du Saint Rosaire près des ruines
de l'antique cité tout juste pénétrée par l'annonce évangélique
avant d'être ensevelie en 79 par l'éruption du Vésuve et de
renaître de ses cendres des siècles plus tard, comme témoignage
des lumières et des ombres de la civilisation classique.
Par son
uvre entière, en particulier par les " Quinze Samedis
", Bartolo Longo développa l'âme christologique et
contemplative du Rosaire; il trouva pour cela un encouragement
particulier et un soutien chez Léon XIII, le " Pape du
Rosaire ".
CHAPITRE I
CONTEMPLER
LE CHRIST AVEC MARIE
Un visage
resplendissant comme le soleil
9. " Et
il fut transfiguré devant eux: son visage devint brillant comme
le soleil " (Mt 17, 2). L'épisode évangélique de la
transfiguration du Christ, dans lequel les trois Apôtres Pierre,
Jacques et Jean apparaissent comme ravis par la beauté du Rédempteur,
peut être considéré comme icône de la contemplation chrétienne.
Fixer les yeux sur le visage du Christ, en reconnaître le mystère
dans le chemin ordinaire et douloureux de son humanité, jusqu'à
en percevoir la splendeur divine définitivement manifestée dans
le Ressuscité glorifié à la droite du Père, tel est le devoir
de tout disciple du Christ; c'est donc aussi notre devoir. En
contemplant ce visage, nous nous préparons à accueillir le mystère
de la vie trinitaire, pour faire l'expérience toujours nouvelle
de l'amour du Père et pour jouir de la joie de l'Esprit Saint.
Se réalise ainsi pour nous la parole de saint Paul: " Nous
reflétons tous la gloire du Seigneur, et nous sommes transfigurés
en son image, avec une gloire de plus en plus grande, par
l'action du Seigneur qui est Esprit " (2 Co 3, 18).
Marie modèle
de contemplation
10. La
contemplation du Christ trouve en Marie son modèle indépassable.
Le visage du Fils lui appartient à un titre spécial. C'est dans
son sein qu'il s'est formé, prenant aussi d'elle une
ressemblance humaine qui évoque une intimité spirituelle assurément
encore plus grande. Personne ne s'est adonné à la contemplation
du visage du Christ avec autant d'assiduité que Marie. Déjà à
l'Annonciation, lorsqu'elle conçoit du Saint-Esprit, les yeux de
son cur se concentrent en quelque sorte sur Lui; au cours
des mois qui suivent, elle commence à ressentir sa présence et
à en pressentir la physionomie. Lorsque enfin elle lui donne
naissance à Bethléem, ses yeux de chair se portent aussi
tendrement sur le visage de son Fils tandis qu'elle l'enveloppe
de langes et le couche dans une crèche (cf. Lc 2, 7).
À partir de
ce moment-là, son regard, toujours riche d'un étonnement
d'adoration, ne se détachera plus de Lui. Ce sera parfois un
regard interrogatif, comme dans l'épisode de sa perte au temple:
" Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? " (Lc 2,
48); ce sera dans tous les cas un regard pénétrant, capable de
lire dans l'intimité de Jésus, jusqu'à en percevoir les
sentiments cachés et à en deviner les choix, comme à Cana (cf.Jn
2, 5); en d'autres occasions, ce sera un regard douloureux,
surtout au pied de la croix, où il s'agira encore, d'une
certaine manière, du regard d'une "femme qui accouche",
puisque Marie ne se limitera pas à partager la passion et la
mort du Fils unique, mais qu'elle accueillera dans le disciple
bien-aimé un nouveau fils qui lui sera confié (cf. Jn 19, 26-27);
au matin de Pâques, ce sera un regard radieux en raison de la
joie de la résurrection et, enfin, un regard ardent lié à
l'effusion de l'Esprit au jour de la Pentecôte (cf.Ac 1, 14).