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Rosaire


Une méthode
valable...
27. Que la
relation au Christ puisse profiter également du soutien d'une méthode
ne doit pas étonner. Dieu se communique à l'homme en respectant
la façon d'être de notre nature et ses rythmes vitaux. C'est
pourquoi la spiritualité chrétienne, tout en connaissant les
formes les plus sublimes du silence mystique dans lequel toutes
les images, toutes les paroles et tous les gestes sont comme dépassés
par l'intensité d'une union ineffable de l'homme avec Dieu, est
normalement marquée par l'engagement total de la personne, dans
sa complexe réalité psychologique, physique et relationnelle.
Ceci apparaît
de façon évidente dans la liturgie. Les sacrements et les
sacramentaux sont structurés par une série de rites qui font
appel aux diverses dimensions de la personne. La prière non
liturgique exprime également la même exigence. Cela est
corroboré par le fait qu'en Orient la prière la plus caractéristique
de la méditation christologique, celle qui est centrée sur les
paroles: " Jésus, Christ, Fils de Dieu, Seigneur, aie pitié
de moi pécheur ",34 est traditionnellement liée au rythme
de la respiration qui, tout en favorisant la persévérance dans
l'invocation, assure presque une densité physique au désir que
le Christ devienne la respiration, l'âme et le "tout"
de la vie.
... qui peut toutefois être améliorée
28. Dans la
Lettre apostolique Novo millennio ineunte, j'ai rappelé qu'il y
a également aujourd'hui en Occident une exigence renouvelée de
méditation qui trouve parfois dans les autres religions des
modalités plus attractives.35 Il existe des chrétiens qui,
parce qu'ils connaissent peu la tradition contemplative chrétienne,
se laissent séduire par ces propositions. Néanmoins, même si
elles ont des éléments positifs et parfois compatibles avec
l'expérience chrétienne, elles cachent souvent un soubassement
idéologique inacceptable. Même dans ces expériences, on note
une méthodologie très en vogue qui, pour parvenir à une haute
concentration spirituelle, se prévaut de techniques répétitives
et symboliques, à caractère psychologique et physique. Le
Rosaire se situe dans le cadre universel de la phénoménologie
religieuse, mais il se définit par des caractéristiques propres
qui répondent aux exigences typiques de la spécificité chrétienne.
En effet, ce
n'est pas seulement une méthode de contemplation. En tant que méthode,
le chapelet doit être utilisé en relation avec sa finalité
propre et il ne peut pas devenir une fin en soi. Cependant, parce
qu'elle est le fruit d'une expérience séculaire, la méthode
elle-même ne doit pas être sous-estimée. L'expérience
d'innombrables saints milite en sa faveur, ce qui n'empêche pas
cependant qu'elle puisse être améliorée. C'est précisément
à cette fin que vise l'intégration, dans le cycle des mystères,
de la nouvelle série de mysteria lucis, ainsi que de certaines
suggestions relatives à la récitation du Rosaire que propose la
présente Lettre. Par ces mystères, tout en respectant la structure largement établie de cette prière, je voudrais
aider les fidèles à la comprendre dans ses aspects symboliques,
en harmonie avec les exigences de la vie quotidienne. Sans cela,
on court le risque que non seulement le Rosaire ne produise pas
les effets spirituels escomptés, mais que même le chapelet,
avec lequel on a coutume de le réciter, finisse par être perçu
comme une amulette ou un objet magique, en faisant un contresens
radical sur son sens et sur sa fonction.
L'énonciation du mystère
29. Énoncer
le mystère, et peut-être même pouvoir regarder en même temps
une image qui le représente, c'est comme camper un décor sur
lequel se concentre l'attention. Les paroles guident
l'imagination et l'esprit vers cet épisode déterminé ou ce
moment de la vie du Christ. Dans la spiritualité qui s'est développée
dans l'Église, que ce soit la vénération des icônes, les
nombreuses dévotions riches d'éléments sensibles ou encore la
méthode elle-même proposée par saint Ignace de Loyola dans les
Exercices spirituels, toutes ont eu recours à l'élément visuel
et à l'imagination (la compositio loci), le considérant d'une
grande aide pour favoriser la concentration de l'esprit sur le
mystère. Il s'agit d'ailleurs d'une méthodologie qui correspond
à la logique même de l'Incarnation: en Jésus, Dieu a voulu
prendre des traits humains. C'est à travers sa réalité
corporelle que nous sommes conduits à entrer en contact avec son
mystère divin.
À cette
exigence concrète répond aussi l'énonciation des différents
mystères du Rosaire. Ils ne remplacent certainement pas l'Évangile
et ils n'en rappellent même pas toutes les pages. Le Rosaire ne
remplace pas non plus la lectio divina, mais il la présuppose et
il la promeut. Et si les mystères contemplés dans le Rosaire, y
compris le complément des mysteria lucis, se limitent aux lignes
maîtresses de la vie du Christ, grâce à eux l'esprit peut
facilement embrasser le reste de l'Évangile, surtout quand le
Rosaire est récité dans des moments particuliers de
recueillement prolongé.
L'écoute de
la Parole de Dieu
30. Pour
donner un fondement biblique et une profondeur plus grande à la
méditation, il est utile que l'énoncé du mystère soit suivi
de la proclamation d'un passage biblique correspondant qui, en
fonction des circonstances, peut être plus ou moins important.
Les autres paroles en effet n'atteignent jamais l'efficacité
particulière de la parole inspirée. Cette dernière doit être
écoutée avec la certitude qu'elle est Parole de Dieu, prononcée
pour aujourd'hui et " pour moi ".
Ainsi écoutée,
elle entre dans la méthodologie de répétition du Rosaire, sans
susciter l'ennui qui serait produit par le simple rappel d'une
information déjà bien connue. Non, il ne s'agit pas de faire
revenir à sa mémoire une information, mais de laisser "parler"
Dieu. Dans certaines occasions solennelles et communautaires,
cette parole peut être illustrée de manière heureuse par un
bref commentaire.
Le silence
31. L'écoute
et la méditation se nourrissent du silence. Après l'énonciation
du mystère et la proclamation de la Parole, il est opportun de
s'arrêter pendant un temps significatif pour fixer le regard sur
le mystère médité, avant de commencer la prière vocale. La
redécouverte de la valeur du silence est un des secrets de la
pratique de la contemplation et de la méditation. Dans une société
hautement marquée par la technologie et les médias, il reste
aussi que le silence devient toujours plus difficile. De même
que dans la liturgie sont recommandés des moments de silence, de
même, après l'écoute de la Parole de Dieu, une brève pause
est opportune dans la récitation du Rosaire, tandis que l'esprit
se fixe sur le contenu d'un mystère déterminé.
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Par
Andréloue
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