
Histoire
de la statue de
Notre-Dame de la Confiance
Un visiteur demandait un jour au vieux
Père hôtelier de la Grande Trappe : «Ne seriez-vous pas
normand, par hasard, mon Père ?» - «Pas par hasard, corrigea
le Père hôtelier en souriant, mais par la grâce de Dieu et par
ma propre industrie…»
Notre Révérend Père Abbé de Sept-Fons,
devenu temporairement Père immédiat de la célèbre abbaye du
Perche, y trouvait en 1939 un autre normand devenu sculpteur…
lui aussi par sa propre industrie et par la grâce de Dieu.
Aussi, lorsqu’à Noël 1939, l’abbaye de
Sept-Fons fit le vœu d’ériger une grande statue de la Sainte
Vierge au milieu de la cour d’honneur, c’est à ce nouveau fils
de Normandie que notre révérend Père Abbé s’adressa, en
février 1940.
Il lui soumettait l’idée d’une Vierge en
prière, les bras étendus.
La réponse arriva de la Grande Trappe
immédiate et enthousiaste avec une maquette contenant en germe
toutes les lignes essentielles de notre statue actuelle.
En même temps que la photo, une lettre du Père Bernard
expliquait que les bras étendus n’étaient pas nécessaires pour
exprimer l’intensité de la prière, et que d’ailleurs
l’exécution en pierre d’un tel sujet serait bien fragile ;
qu’il fallait compter aussi avec le phénomène de diffraction
de la lumière qui se produit toujours en pareil cas, faisant
paraître les doigts beaucoup trop grêles.
L’esquisse d’essai en cire à modeler
portait déjà le cœur sur la poitrine et l’étoile au front ;
les mains étaient entièrement jointes dans un geste d’ardente
supplication ; elles devaient prendre plus tard une pose plus
mystérieuse.
L’idée parut excellente à notre révérend
Père et à la communauté. Un même enthousiasme donna
carte blanche au sculpteur et lui fit entièrement confiance,
sans se douter peut-être jusqu’à quel point cette atmosphère
de sympathie devait influer sur le succès final.
En mars 1940, commençait l’exécution
d’une maquette plus sérieuse. Car toujours l’esquisse
d’essai, œuvre rapide d’inspiration, où l’imagination joue le
grand rôle, n’est jamais poussée à fond : elle ne sert qu’à
traduire l’idée générale et du reste elle est ordinairement
trop petite pour se prêter à l’étude du détail.
Dans la vraie maquette qui suit, les
proportions et l’attitude, le mouvement, qui est tout en
sculpture, devront être déjà rigoureusement fixés et, dans ce
second travail, la raison et le métier ont une part aussi
grande que l’imagination.
Si l’esquisse de premier jet demande à
peine quelques heures, il faudra des semaines et souvent des
mois pour établir la seconde maquette, d’après laquelle on
bâtira le modèle de grandeur nature ou plus grand que nature.
C’était la guerre avec l’incertitude de
l’avenir : quand le travail pourrait-il être achevé et quand
pourrait-il être repris ? En conséquence, le Père
Bernard avait bien l’intention de pousser cette maquette
jusqu’aux derniers détails, donc déjà assez grande (1m30), et
d’en faire une statue achevée comme si c’était du définitif.
Si les circonstances permettaient plus tard d’exécuter le
grand modèle, le travail n’en serait que plus facile, puisque
tous les détails seraient déjà trouvés.
Certains jours d’avril ou mai 1940, une
subite inspiration modifie la position des mains, permettant
d’exprimer une vérité théologique qui allait donner au modèle
une heureuse originalité.
Dès le début, l’auteur avait choisi
comme idée directrice un vocabulaire nouveau :
Notre-Dame de la Confiance, et voici que les mains, au lieu
d’être complètement jointes, se contentaient d’ébaucher le
geste de la prière : La Vierge va joindre les mains… ses
doigts commencent à s’enlacer… mais Dieu ne lui permet pas
d’achever le geste. Dieu l’exauce dès qu’il voit que la
Sainte Vierge a dessein de le prier… Elle, souriante et
confiante, sait qu’il en sera toujours ainsi.
C’était traduire heureusement « l’Omnipotentia
supple ». Notre Révérend Père Abbé de Sept-Fons fut
enchanté de la trouvaille, que le Père Bernard exprimait en
ces termes « Personne au ciel ne fait la volonté de Dieu
plus parfaitement que la Sainte Vierge, c’est entendu !
Mais précisément, la volonté de Dieu, c’est que la Sainte
Vierge au ciel fasse ses quatre volontés à Elle. Le Bon
Dieu est tellement sûr d’Elle, qu’Il juge excellent de
la laisser agir ainsi : tout est accordé d’avance. »
Mai 1940 arriva. La Trappe de
Soligny regorgeait de réfugiés au point qu’il avait fallu
suspendre la loi de la clôture. On entendait le canon
toute la journée, et les avions allemands commençaient à
sillonner le ciel.
Un commerçant d’Arras, très bon chrétien
et proche parent d’un religieux était depuis quelques semaines
réfugié à l’hôtellerie avec sa femme et ses quatre jeunes
enfants. Quand il apprit que les allemands avaient
franchi la Seine, il résolut d’aller plus loin, et de se
réfugier au monastère de Bellefontaine entre Angers et Cholet.
Ce monsieur Gaston Foulon venait souvent
à l’atelier du Père Bernard et se montrait grand admirateur de
la nouvelle maquette déjà très avancée. « Si je puis
encore passer, dit-il le 10 juin, je reviendrai avec mon
camion chercher la statue, l’outillage et le sculpteur, car il
ne faut pas que Notre-Dame de la Confiance soit détruite dans
la bataille et les bombardements ».
Il eut bien de la peine a parvenir à
Bellefontaine. Mais une fois sa petite famille mise en
sécurité dans notre abbaye vendéenne, il risqua, malgré le
danger réel, de revenir à la Grande Trappe. Après bien
des difficultés, il arrivait au soir du 12 juin. Le
lendemain, 13 juin, une douzaine de vieillards et de malades
partaient en camions avec Notre-Dame de la Confiance encore en
cire ( donc très fragile par conséquent ), puis le sculpteur
et son aide inséparable, le Père Jacques, tous deux dignes
d’ailleurs, pour bien des raisons, d’être classés parmi les
estropiés du monastère.
Des officiers français au courant du
mouvement des troupes allemandes, avaient averti le supérieur
qu’il était temps d’évacuer tous les invalides.
Et voilà comment Notre-Dame de la
Confiance est devenue la Patronne des évacués et des
réfugiés.
Aucun des religieux ainsi emmenés
n’avait de carte d’identité et, pour tout papier a présenter à
la requête des autorités, le conducteur n’avait qu’une lettre
rédigée par le supérieur avec force cachet de l’abbaye.
Les gendarmes qui faisaient arrêter à toutes les chicanes des
routes, regardaient cet étrange passeport avec des yeux ronds,
et finalement laissaient passer… Visiblement Notre-Dame
de la Confiance protégeait les voyageurs. Visiblement,
elle se protégeait elle-même, puisqu’une statue en cire molle
de 1m30 et de près de 100 kilos a pu arriver intacte après
tant de kilomètres et de cahots.
À Bellefontaine, il y avait déjà une
trentaine de réfugiés dans l’hôtellerie, dont plusieurs
familles de la Grande Trappe. Ce fut assez
providentielle, car plusieurs jeunes filles ou fillettes
prêtèrent leurs mains comme « modèle » et permirent ainsi
d’achever plus facilement la statue.
L’atelier du Père Bernard était installé
dans le salon de l’hôtellerie.
Plusieurs des réfugiés étaient
démoralisés et le Père Prieur de Bellefontaine chargea les
sculpteurs de leur remonter le moral. Le Père Bernard
composa des cantiques de circonstance. Il y avait cette
strophe notamment :
Dans notre pauvre vie
Lorsque tout a sombré
S’il nous reste Marie
Rien n’est désespéré !
Puis ce refrain :
Reine de confiance !
Étoile d’or brillant sur nos chemins !
Pour vos enfants ! Pour votre France !
Commencez à joindre les mains.
Oh ! vite… joignez les mains.
Et la bonne Vierge souriait les yeux au
ciel… et les pauvres gens eux aussi commençaient à
sourire.
Tous les soirs un pèlerinage se faisait
au chant des cantiques à la chapelle de la Vierge située en
dehors de la clôture.
Notre-Dame de la Confiance remontait les
courages.
En juillet, les réfugiés de
Bellefontaine apprenaient qu’on pouvait repasser la Loire.
Mais que de formalités ! Que de refus à essuyer !
Enfin, après plusieurs semaines de
démarches déconcertantes, permission fut donnée aux religieux
de rentrer dans leur monastère dont ils étaient sans
nouvelles.
Le modèle en cire de la statue de
Notre-Dame de la Confiance était achevé. C’eut été bien
imprudent de tenter un nouveau transport. Il fallait au
moins faire le moule en plâtre. Mais où trouver du
plâtre ? Le Père Jacques alla à Cholet quêter du plâtre
orthopédique dans les hôpitaux, et grâce à la complicité
bienveillante de plusieurs religieuses, il put en rapporter
plus de 50 kilos.
En deux jours le moule fut bâclé, la
cire remise en caisse, tout le matériel rechargé dans le
camion.
La statue fut coulée dans le moule, au
retour à la Trappe, vers le 25 juillet 1940. L’été se
passa à la retouche du modèle, à la photographie, à l’édition
des images. Celles-ci devaient partir par millions : ce
vocable de Notre-Dame de la Confiance répondait tellement à la
situation angoissante du pays. C’est quand tout va très
mal que la confiance doit grandir. Notre-Seigneur
n’a-t-il pas dit à une sainte que « la confiance était la
seule vertu qu’Il récompensait dans le ciel au-delà des
mérites ». C’est donc tout à fait la vertu qui nous
convient : c’est du moins l’opinion des normands…
À la fin de 1940, il s’agissait
d’exécuter le modèle en grand pour l’abbaye de Sept-Fons.
Hélas ! Notre Révérend Père Abbé
était très perplexe : les troupes allemandes occupaient la
cour d’honneur, et combien de temps cela durerait-il ?
Il résolut donc de mettre la statue dans l’église.
Ce projet allait entraîner plus loin
qu’on ne pensait.
Le sculpteur n’était jamais venu à
Sept-Fons, mais il avait des photos de notre église, et
prédisait un effet désastreux si l’on n’organisait pas un
éclairage important venant d’en haut. Notre-Dame de la
Confiance avait été conçue pour le plein air avec la tête
levée vers le ciel. Pour être bien en valeur, elle
devait donc recevoir la lumière du jour d’en haut. Or
l’église de Sept-Fons ne fournirait qu’une lumière diffuse
venant plutôt d’en bas : il en résultait un renversement des
ombres et des lumières, et la statue n’aurait plus aucune
expression.
Car une statue par elle-même n’a ni
ombre, ni lumière : on oublie cela trop souvent. L’ombre
se formera du côté opposé à la lumière, et dépendra de la
direction de celle-ci.
Mais à quoi bon raisonner ? Le
mieux est de faire cette maquette complète, niche, nuages,
statue, le tout bien éclairé… Cela en dira plus long que
toutes les théories.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Et
voilà qu’au milieu de l’automne 1940 arrive à Sept-Fons photos
et vues stéréos, donnant l’illusion d’une niche complète
splendidement éclairée, et d’une Vierge bien expressive.
Tout le monde ici fut convaincu.
Par bonheur il se trouvait qu’une niche existait déjà, et, à
peu de chose près, dans les dimensions voulues. Restait
seulement à ménager un très large éclairage venant du ciel.
Cela n’allait pas sans difficultés, mais
notre architecte si dévoué les contourna fort heureusement.
Le projet d’une statue dans l’église
était donc assuré. Il restait à l’exécuter à la grandeur
voulue, ce qui amena bien d’autres soucis.
À la fin de l’été 1941, la statue de
2m30 était moulée.
Mais l’ensemble de la niche nécessitait
un atelier spécial, vaste et surtout très haut, 7 mètres au
moins, afin d’obtenir un éclairage identique à celui
qu’illuminerait la Vierge de Sept-Fons. Avant de faire
le travail, il fallait bâtir la maison… Tout l’hiver de
1941-1942 se passa à transformer un vieux bâtiment du XVIII
siècle qui menaçait de ruine.
En mai 1942, le Père Bernard pouvait
commencer la mise au point du fond de la niche et de la mer de
nuages avec le globe de la terre, ce qui représentait à peu
près 4 tonnes de terre glaise.
À Sept-Fons nous étions tenus au courant
par toute une série de photos qui faisaient passer sous nos
yeux toutes les phases si curieuses de la mise au point
géométrique, et du moulage à creux perdu.
Enfin, un beau jour de septembre 1942,
le camion du si dévoué monsieur Bernardin nous amena la chère
Vierge, la mer de nuages en dis pièces séparées, prêtes à
visser sur une charpente métallique, et les opérateurs de la
Grande Trappe.
Tout était en place à la fin d’octobre,
et il ne restait plus à notre plâtrier qu’à achever le haut de
la niche.
Le séchage d’une pareille masse a été
assez long, et c’est seulement en juin 1943 qu’on a pu songer
à la peinture.
Pourquoi la peinture, et surtout la
peinture blanche.
D’abord une solide peinture à la céruse
durcit la surface des matériaux et en unifie le ton.
Mais surtout la peinture, même blanche, supprime une grande
partie de la lumière réfléchie, si désagréable sur le plâtre
cru.
Certains pensaient que l’ensemble allait
recevoir diverses couleurs. C’eût été possible, bien
sûr, à la condition de se servir de tons fondus, doux et
discrets.
S’il faut en croire le Père Bernard :
« il y a 14 façons de bien faire la chose, et la quinzième est
tout aussi bonne ».
Il reste cependant qu’un blanc
légèrement gris donne plus de poésie, donne plus de place au
rêve, et permet plus de variations avec les divers effets de
la lumière selon les heures du jour.
Bien des « pourquoi » furent adressés à
l’auteur, quand il vint en septembre de l’année dernière poser
la statue : Pourquoi l’étoile au front, pourquoi le cœur,
pourquoi cette différence si marquée entre l’expression du
côté gauche et celle du côté droit ? Dans une causerie au
chapitre, ces divers « pourquoi » reçurent chacun une réponse.
L’étoile au front n’était pas une
innovation : qu’on se rappelle par exemple, la célèbre Vierge
à l’étoile du Bienheureux Fra Angelico et, plus récemment, la
Stella Maris de Fagel à la basilique de Montmartre.
Qu’on se rappelle aussi l’invocation des litanies : Stella
Matutina. Il y avait aussi une raison de technique :
par le fait même que la tête de la Vierge est levée vers le
ciel et que nous la voyons d’en bas, il se produit
nécessairement un effet de raccourci dans la perspective du
visage : l’étoile prolongeant le front rétablit l’équilibre.
Quant au cœur, plus d’un statuaire
l’aurait supprimé pour la simplification et l’unification de
la figure, mais la dévotion au Cœur de Marie est trop ancrée
dans l’Ordre de Citaux, - et l’on peut dire aussi, trop
d’actualité, - pour être omise.
La Sainte-Vierge, c’est surtout son
Cœur.
Il y a 50 ans, le Saint Pèlerin de
Besançon, Charles Maire, prophétisait : « La France
sera convertie et sauvée, si elle se consacre au Cœur Immaculé
de Marie ».
Le Souverain Pontife ne vient-il pas de
lui consacrer le monde entier ? Et la France a suivi cet
exemple.
Dès lors nous pouvons tous espérer, si
nous tâchons d’être fidèles à l’esprit de cette consécration.
Naguère à Fatima, la Sainte-Vierge
déclarait solennellement : « Finalement mon Cœur Immaculé
triomphera ! »
Lorsqu’on regarde Notre-Dame de la
Confiance en se plaçant du côté de l’évangile, la statue
exprime surtout l’admiration de la Vierge devant la
Beauté et la Bonté du Dieu qu’Elle invoque. Si au
contraire on la regarde du côté de l’Épître, c’est la
supplication qui semble dominer.
L’explication est facile à donner : les
mains sont verticales, mais placées en côté : vues de gauche
elles paraissent plutôt se tendre en avant, mouvement
instinctif de l’admiration qui se dirige vers l’objet ; vues
de droite, on dirait qu’elles s’inclinent en arrière, ce qui
accentue l’idée de supplication.
La seule différence qui existe entre la
maquette exécutée à Bellefontaine et notre grande statue de
Sept-Fons, c’est que dans celle-ci, le sculpteur, étudiant
davantage l’expression du visage, a poussé aussi loin que peut
le permettre une matière inerte, l’expression de béatitude
souriante, de reconnaissance et de confiance.

* * *
* * *
Prière à la Très Sainte-Vierge
Sous le vocable de
Notre-Dame de la Confiance
O Notre-Dame de la Confiance, avocate
des causes désespérées, Mère si pure, si compatissante, Mère
du Divin Amour et pleine de lumière divine, je mets entre vos
mains si tendres les faveurs que nous implorons de vous.
Regardez nos cœurs, nos besoins
spirituels et temporels ; vous pouvez nous exaucer par les
mérites de votre Divin Fils, Jésus-Christ.
Nous promettons, si nous sommes exaucés,
d’aider à vous faire connaître sous le vocable de NOTRE-DAME
DE LA CONFIANCE, et de chercher à répandre votre gloire
céleste.
Exaucez-nous près de votre autel, où
tous les jours vous donnez tant de preuves de votre puissance
et amour pour la guérison de l’âme et du corps.
Nous vous implorons avec confiance :
demandez à Jésus notre guérison, notre pardon, notre
persévérance finale.
O Notre-Dame de la Confiance, entendez-nous.
O Notre-Dame de la Confiance, guérissez-nous.
O Notre-Dame de la Confiance, exaucez-nous.
Nous avons confiance en Vous.
Neuvaine à Notre-Dame de la
Confiance
Récitez cette prière 9 jours
consécutifs, se confesser et recevoir la sainte
Communion.
ACTIVITÉ DE JEAN-PAUL II CETTE SEMAINE
Séminaire, paroisse, entrée en Carême
CITÉ DU VATICAN,
Vendredi 23 février 2001 (ZENIT.org) - Demain, le pape
Jean-Paul II se rendra au Grand séminaire romain, comme chaque
année, à l'occasion de la fête de Notre-Dame de la Confiance,
patronne du séminaire.
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