Le Christ,
Roi de la femme
La période des mariages et les textes et oraisons que la
liturgie nous propose à cette occasion, nous amènent souvent à
nous interroger sur l'idée que Notre Seigneur Jésus Christ et
son Église se font de la femme: qu'est-ce que la femme est
devenue grâce au Christ et que deviendrait-elle sans le Christ
?
Voulez-vous savoir ce que la femme doit au Christ, Notre
Seigneur ? Considérez d'abord le sort qui était le sien avant
le Christ. Quel sort humilié était le sien, même dans le
monde grec, le monde civilisé de l'époque ! La plus
grande partie de la population se composait d'esclaves,
n'ayant pas le droit de se marier: les jeunes filles étaient
donc exposées à une profonde déchéance morale, voire physique.
Et pour celles qui, par chance, pouvaient s'unir à un époux,
le mariage pouvait être rompu, à sa guise, par leur maître.
Impossible de donner à cette union la stabilité
essentielle à la création d'une famille.
Mais dans les salons des riches, le sort était-il meilleur ?
Aucunement. Pas de formation intellectuelle, réservée
aux hommes, la jeune fille n'apprenait qu'à danser et chanter.
Impossible donc de trouver entre l'homme et la femme cette
harmonie parfaite, cet accord, cette bonne intelligence, sans
lesquels il n'y a pas de mariage heureux. Surtout que le
jeune homme grec ne choisissait pas son épouse, qui lui était
souvent imposée par son père.
Ensuite quelle était la situation de la femme après le mariage
? À la maison, elle ne quittait jamais son appartement
particulier, sauf pour les exercices religieux. Parfois
même, un gardien veillait pour qu'elle ne sortît pas de la
maison. Si le mari le voulait, il pouvait la répudier.
La femme n'avait ni le droit de faire du commerce, ni celui de
faire des achats, ni le droit de faire un testament. Si
elle devenait veuve, son fils aîné devenait son tuteur.
Mais elle était heureuse près de ses enfants ? Pas même. Le
père avait le droit, le cinquième jour après la naissance de
l'enfant, de décider s'il l'acceptait ou s'il voulait le
laisser mourir de faim. Et en réalité, si l'enfant était
maladif ou une fille, alors il ne réfléchissait pas
longtemps... La femme grecque n'avait ni honneur, ni
liberté, ni amour, ni aucun droit. Ne reprochons pas
à ce peuple hellénique d'être si éloigné de l'humanité et de
la grandeur morale, mais pleurons sur la faiblesse humaine,
qui, sans le Christ, ne peut que tâtonner dans les ténèbres.
Et si le sort de la femme était si déplorable, chez le peuple
le plus civilisé de l'antiquité, comment pourrait-on attendre
des peuples barbares une autre manière de voir ?
Pouvons-nous nous étonner que les hommes achetaient leurs
femmes et que les pères vendaient tout simplement leurs filles
aux prétendants ? que la polygamie fut en honneur ? que
tous les travaux difficiles incombaient à la femme ?
Et dans la nuit sombre qui planait sur la femme avant le
Christ a brillé la douce lumière de l'étoile de Bethléem.
Voici le Christ; réjouissez-vous tous, les opprimés, les
pécheurs, les pauvres, les enfants, les femmes,
réjouissez-vous !
Qu'est-ce que les femmes doivent au Christ ?
D'abord ceci que l'homme consent à leur adresser la parole,
comme à une égale. Oui, ne vous étonnez pas de ceci.
Il n'était pas permis au docteur de la loi, chez les Juifs, de
daigner adresser la parole à une femme, même à sa propre
soeur, Notre Seigneur Jésus Christ a aboli cette prescription
déshonorante. Rappelez-vous seulement ce que rapporte la
Sainte Écriture, lorsque le Seigneur conversa avec la
Samaritaine; quand les disciples arrivèrent de la ville
et trouvèrent Jésus en conversation avec une femme, ils "
s'étonnèrent de ce qu'il parlait avec une femme " (Jn 4,27 ).
Mais Jésus ne s'en soucia pas et ce fut le premier pas décisif
vers l'émancipation de la femme.
Il y a ensuite les merveilleuses paraboles du Seigneur, où Il
rappelle souvent les soucis, les souffrances, les multiples
travaux des femmes; le Christ, la Lumière du monde, saluait
les femmes parmi ses auditeurs, et enseignait qu'elles ont une
âme immortelle égale à celle des hommes. Certainement,
le Christ est le Roi de la femme.
D'autres fait et gestes du Seigneur ? voyez comme Il
ressuscite le fils unique de la veuve, comme Il a pitié de la
mère en larmes. Voyez avec quelle bonté, sous le feu
croisé des regards indignés des pharisiens, Il parle à
Marie-Madeleine la pécheresse rougissante de honte, comme Il a
eu pitié lui-même de cette pécheresse convertie. Écoutez
comme Il fait honte de leur orgueil aux pharisiens, lorsqu'on
Lui amène pour être lapidée la femme adultère prise sur le
fait, avec quelle miséricordieuse bonté Il lui parle.
Voyez, lorsqu'il se traîne, couvert de sang, sur la voie
douloureuse, au moment où Lui-même aurait plutôt besoin de
consolations, comme Il oublie sa situation pour réconforter
les femmes qui le suivent. Faut-il encore ajouter que
c'est à des femmes, celles qui visitaient Son tombeau, que le
Christ a confié le soin de répandre la joyeuse nouvelle de Sa
résurrection ?
De même que le Christ a respecté la femme, de même l'Église la
respecte, puisque le Christ continue à vivre mystérieusement
parmi nous. Il n'est pas possible d'énumérer les riches
bénédictions qui, de l'Église, se répandent sur la femme.
Dès les premiers siècles chrétiens, l'Église utilise les
services des femmes pour le soin des malades et pour toutes
les branches de la charité, elle leur ouvre même l'accès des
Universités au Moyen Age. La formation intellectuelle et
le relèvement de la femme ne sont pas des conquêtes de
l'époque moderne, mais du " sombre " Moyen Age. Alors
que Rousseau écrivait à d'Alembert que la femme n'avait aucune
aptitude et ne comprenait rien à l'Art, tandis que Kant
déclarait que la femme n'avait besoin de savoir sur l'univers
que le fait qu'il existait d'autres mondes et d'autres beautés
que la sienne, l'Église avait déjà utilisé des professeurs
féminins pour ses universités de Salerne, Bologne, Padoue, au
XIIe siècle.
Est-ce que vit encore dans la conscience de l'humanité, et
surtout est-ce que vit en nous, est-ce que vit dans les femmes
la haute idée que le Christ avait de la femme ?
Ni objet " utilitaire ", à la manière de la femme du harem, au
statut profondément dégradant, ni instrument de plaisir ou de
domination égoïste et vaniteux à la manière moderne, la femme
chrétienne possède une véritable mission, sérieuse et "
salutaire ", c'est à dire digne de lui apporter le salut.
La Sainte Écriture nous l'explique très clairement: tout
d'abord, Dieu Lui-même reconnut: « il n'est pas bon que
l'homme soit seul: je lui ferai une aide semblable à lui (Gen,2,18).
Et Dieu forma la première femme... Pour l'homme !
Elle a donc un premier but: aider l'homme. Sans esprit
d'émancipation, de féminisme, sans " parité " possibles.
Pour nous en convaincre, portons nos regards sur la vie de la
Sainte Famille, où bien que bénéficiaires de faveurs divines ô
combien plus hautes, le Christ et la Sainte Vierge ne
cessaient de montrer leur soumission à Saint Joseph.
Leur exemple d'humilité surnaturelle doit rester gravé dans
nos coeurs.
Dans l'ordre strictement humain, Saint Paul insiste sur la
prééminence de l'homme, sur la fidélité de la femme à sa
vocation première, telle qu'elle est décrite dans la Sainte
Écriture: « Le chef de tout homme, c'est le Christ, mais le
chef de la femme, c'est l'homme »(1Cor,11,3) Plutôt que de
rechercher une stricte égalité sociale, impossible à obtenir
dans la majorité des cas, le christianisme a donc toujours
rappelé que les rôles respectifs des hommes et des femmes ne
sont pas identiques, dans une société qui recherche la volonté
de Dieu en premier lieu.
Femmes et hommes ne possèdent ensemble que deux niveaux
d'égalité:
1
- une identique soumission à l'obligation du travail, qui est
la pénitence depuis le péché originel, aggravée pour les
femmes par les souffrances des maternités, pour les hommes par
la responsabilité sociale;
2
- Une égale dignité dans l'amour du Christ. « Vous tous, qui
avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ.
Il n'y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre; il
n'y a plus ni homme, ni femme, car vous n'êtes tous qu'une
personne dans le Christ Jésus » (Galates, 3,27-28). Et
là est l'essentiel, car c'est de la vie surnaturelle de
chacun, homme et femme, que viendra la soumission à la volonté
de Dieu, donc à l'ordre voulu par Dieu dans le monde.
Nous mesurons le fossé qui sépare la simple et forte doctrine
de Jésus avec les Diktats passionnels qui ébranlent notre
monde en voulant à tout prix jeter la femme dans la vie
publique. Émancipation ? Égalité sociale ? Parité ? Que
de vains mots pour exprimer uniquement le refus de la
soumission à notre Dieu créateur, et le refus d'une
société chrétienne tournée vers Lui. Comme le monde
chrétien s'était créé en partie grâce aux pieuses et
intelligentes femmes qui comprenaient ce qu'elles
devaient au Christ, leur Roi, il se défait parce qu'il
n'est plus soutenu par la prière et le travail de celles qui
ne pensent qu'à leur épanouissement personnel, en tout
égoïsme, en toutes indépendance et paresse aussi, mais aussi
dans la tristesse et la solitude de l'erreur !
O Christ, Roi de la Femme, faites lui retrouver sa vraie
vocation !
O Sagesse éternelle du Christ, Roi des Rois, guidez-nous dans
toutes vos voies pour nous conduire à Vous !
Mgr Toth