Le Père Faber n'hésite pas à déclarer que « ce n'est pas là un sujet étranger à la vie spirituelle; comme si la Papauté n'avait rapport qu'au gouvernement de l'Église, et n'était qu'une institution relative à sa vie extérieure, un ministère
divinement approprié au gouvernement ecclésiastique. C'est à la fois une doctrine et une dévotion, c'est une partie intégrante du Plan de Notre-Seigneur.
Sur quels motifs doit être basée notre dévotion au Pape ? En voici les principaux:
1 - Le Pape est le vicaire de Jésus-Christ. 2 - Le Chef de l'Église 3 - Le Docteur universel 4 - Le Pasteur de nos âmes.
Quels sont nos devoirs envers lui ?
1 - L'aimer et le servir 2 - Lui obéir 3 - Prier pour lui.

Qui est le Pape ?
1 - Vicaire de Jésus-Christ
Le Pape est le Vicaire de Jésus-Christ, c'est-à-dire celui qui en tient la place, représente sa Personne, est investi de ses pouvoirs, exerce ses fonctions. Le Pape, c'est Jésus-Christ visiblement présent parmi les hommes. Le Christ
se continue en son Église. De même que, dans l'ordre de la sanctification, c'est Lui, le Christ, qui baptise, pardonne, consacre par l'intermédiaire de « dispensateurs » visibles, de même dans l'ordre du gouvernement, le Christ continue à diriger son
Église par un Chef visible.
« Le corps social de l'Église, disait Sa Sainteté Pie X II, n'a qu'une Tête principale, à savoir le Christ; c'est le Christ qui, sans cesser de gouverner mystérieusement l'Église par Lui-même, la dirige pourtant visiblement par celui qui tient
sa place sur terre » (Encyclique Mystici Corporis ) Le Corps mystique n'a pas deux têtes, mais une seule: « Le Christ et son Vicaire ne forment ensemble qu'une seule Tête. » ( Pie XII )
Le Christ est « La voie, la vérité et la vie ». ( Jean XIV, 6 ) La mission du Pape s'identifie donc en quelque sorte avec celle du Christ Lui-même: nous diriger dans la VOIE du salut, nous prêcher la VÉRITÉ, nous
communiquer la VIE. C'est ainsi que le Pape est avec Celui qu'il représente « la voie, la vérité et la vie ». En tant que Chef, il est la voie; <a titre de Docteur, il est la vérité; comme Pasteur, il est la vie. Le Souverain Pontife, c'est Jésus-Christ
perpétué à travers le temps et l'espace. Ste Catherine de Sienne n'avait-elle pas raison d'appeler le Pape « le doux Christ de la terre ? »
2 - Le Chef de l'Église
Jésus-Christ a fait de saint Pierre et de chaque Pape le Chef de son Église. Cette Église, saint Paul l'appelle « corps mystique ». De ce corps, le Christ demeure le Chef invisible, et en sa qualité de Tête, il communique aux membres l'influx
vital. Mais l'Église est une société visible. Il était donc nécessaire que son Chef céleste se continuât visiblement sur la terre, en conférant la plénitude de son autorité à un homme mortel, qui serait son lieutenant ici-bas. Parmi les apôtres,
Jésus choisit Simon-Pierre. Ce nom de Pierre c'est-à-dire « rocher », était bien significatif de la fonction qu'il devait lui confier. Il sera le roc inébranlable sur lequel s'élèvera l'édifice. Jésus le déclare solennellement: « Tu es Pierre,
et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » ( Matt. XVI,18 )
C'était bien la promesse du plus grand pouvoir qu'on puisse donner à un homme. Mais Pierre n'était pas éternel; il devait avoir des successeurs. C'est surtout par le Pape en qui Il vit que Jésus peut demeurer avec nous « jusqu'à la
consommation des siècles. ». ( Matt. XXVIII,20 ) Sans ce pilote, la barque de l'Église aurait vite sombré au milieu d'incessantes tempêtes; nous savons bien que, selon la promesse de son Maître, elle ne pourra jamais faire
naufrage.
En tant que Chef de cette Église, le Souverain Pontife possède un empire aussi vaste que la terre. Son autorité s'étend d'un pôle à l'autre et surpasse de beaucoup celle des plus grands chefs de la terre. Une armée sans général est
vouée à la défaite, un vaisseau sans capitaine se dirige vers la mort, ainsi sans le Pape, l'Église périrait comme un corps sans tête. Dans l'Église du Christ, le Pape est vraiment le fondement et le centre de l'unité. Le salut et la prospérité de
l'église sont liés en grande partie, à la prudence, à la vigueur, à la sagesse, à l'efficacité du gouvernement de son Chef.
3 - Docteur universel
À l'image du Christ dont il est le représentant, le Pape est DOCTEUR. À ce titre, il vise à établir l'empire du Christ sur toutes les intelligences et sur toutes les volontés. Il n'est pas une seule âme sur la terre qui ne relève de la
sollicitude du Pontife Suprême, chargé de conduire tous les hommes vers leur destinée éternelle. Le Pape est le grand responsable de la mission doctrinale de l'église, messagère de la Révélation auprès des peuples. Et il se doit de vouloir
imprégner tous les esprits de la vérité évangélique.
À côté des définitions solennelles « ex cathedra » et des grandes encycliques adressées à l'église universelle, il y a toute une série de directives Pontificales : décisions des Congrégations romaines, approbation ou rejet des actes des
conciles, lettres à l'épiscopat, censures diverses, brefs laudatifs, avertissements secrets, normes générales aux théologiens et aux exégètes, impulsion donnée à l'enseignement chrétien à tous ses échelons, allocutions consistoriales ou simple parole du
Pape. Avec une infinie sagesse, Jésus-Christ, par l'intermédiaire de son représentant sur la terre, conduit son Église vers la plénitude de la vérité.
Le Pape est docteur universel. Il est bien renseigné car il a des délégués dans toutes les parties du globe. Chaque évêque, à tous les cinq ans, lors de sa visite « ad limina », met le Souverain Pontife au courant de la situation de son
diocèse. Les chefs d'état, les représentants de tous pays et de toutes nations, sont reçus au Vatican en audience privée et s'entretiennent avec le Chef de la chrétienté.
Le Pape est bien conseillé. Il est entouré de théologiens et de savants qu'il peut consulter à tout moment. Les Cardinaux, les Congrégations romaines sont à son service. Il est aussi l'homme le plus désintéressé. Le Pape
n'est pas seulement l'indéfectible gardien du Dogme et de la Morale, mais même dans les choses humaines, il est éclairé; donc, quand le Pape se prononce, il ne le fait pas à la légère, il sait ce qu'il dit. Il prévoit les conséquences de chacune de
ses paroles.
Quand le Pape parle, c'est le Christ lui-même qui parle. Le croyons-nous franchement ? Posons-nous sincèrement cette question: des lettres encycliques des derniers Papes, de leurs allocutions si nombreuses, lesquelles, ai-je lues, relues,
étudiées sérieusement ? Tous les chrétiens de l'univers, de quelque condition qu'ils soient - comme jadis la foule au Sermon sur la Montagne - peuvent et doivent profiter des leçons de notre Saint-Père. Pour obéir aux volontés du Pape, et y conformer notre
conduite, il faut d'abord les connaître.
4 - Pasteur de nos âmes
À l'occasion de son couronnement, le 4 novembre 1958, Sa Sainteté Jean XXIII a déclaré qu'il tenait à placer au premier rang, par-dessus et avant tout, sa mission et sa tâche de PASTEUR de tous les fidèles : « Ce qui nous tient à coeur
plus que tout le reste, c'est la charge de tout le troupeau. Toutes les autres qualités humaines, l'habileté, le tact diplomatique, les capacités d'organisation, peuvent servir d'embellissement et de complément au gouvernement d'un pontife, elle ne
peuvent en aucune façon le remplacer. Le point central, c'est le zèle du bon pasteur, prêt à toutes les saintes hardiesses, droit, constant, jusqu'au sacrifice suprême: «Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis »
( Jean X, 11)..Voilà le souci du pontificat romain, le premier sinon le seul et qui s'unit à beaucoup d'autres de moindre importance .»
Le mot Pape veut dire Père. On l'appelle le Saint-Père parce qu'il est vraiment le Père de nos âmes. Sans le Pape, pas d'évêques; sans l'évêque, pas de prêtres; sans le prêtre, pas de sacrements, pas de baptêmes, pas
d'Eucharistie, pas de vie divine en nous, donc pas de chrétiens. Il est bien vraiment notre Père, le Saint-Père, parce que la vie qu'il donne nous rend saints.
Le Pape est le Père et le Pasteur de nos âmes. Sa famille s'étend par toute la terre. À l'exemple de Jésus, il doit s'occuper de sauver tous les hommes; les catholiques, en les dirigeant et en les sanctifiant; les non-catholiques, en les
amenant à la vraie religion. Quelle charge est la sienne ! Et surtout quelle immenses responsabilités !

Nos devoirs envers le Pape
1 - L'aimer et le servir
Que le Pape nous aime d'une affection toute particulière, qui pourrait en douter ? À quelque condition qu'elle appartienne, aucune âme n'échappe à sa sollicitude toute paternelle. Son coeur est grand comme le monde. Cela se perçoit à
l'accent de sa voix. Il s'adresse à tous avec une sympathique compréhension: grands ou petits, malades ou bien portants, savants ou ignorants. Et, c'est précisément, cet accent sympathique qui lui gagne tous les coeurs, même de ceux qui ne partagent
pas nos croyances. En retour, il a droit à notre affection. L'amour appelle l'amour.
Aimer le Pape et le servir, c'est aimer et servir Notre-Seigneur.
« Jésus se trouve dans le Pape d'une manière encore plus haute que dans les pauvres et dans les enfants. Ce qui est fait au Pape est fait à Jésus Lui-même. Tout ce qu'il y a de royal, tout ce qu'il y a de sacerdotal dans
Notre-Seigneur se trouve rassemblé dans la personne de son Vicaire, pour recevoir nos hommages et notre vénération.» ( Faber )
Il faut donc aimer le Pape, l'aimer et le servir en actes. Il n'y a pas de plus grand amour du Pape que de lui donner nos prières, nos sacrifices, toute notre vie. Aimons le Pape parce qu'il souffre beaucoup...À chaque génération qui se
succède, Jésus, dans la personne de son Vicaire, se retrouve devant de nouveaux Pilates et de nouveaux Hérodes. Le Vatican est moins un palais qu'un Calvaire où est crucifié de nouveau Celui qui remplace Jésus-Christ. On l'a bien dit :
« Sa tiare est véritablement une couronne d'épines, comme le Souverain Pontificat est véritablement un martyre. L'agonie de Jésus dure et durera jusqu'à la fin du monde, dans l'agonie du Pape, son Vicaire. Toutes les douleurs
de l'humanité souffrante retombent sur lui, comme autrefois Jésus a pris sur Lui nos péchés. »
2 - Obéir au Pape
La perfection consiste à obéir à Dieu et à faire en toutes choses sa sainte volonté. Pas de sainteté ni de salut possibles en dehors de cette volonté divine. Or, Jésus-Christ est Dieu; et le Pape, c'est Jésus-Christ. Donc, obéir au
Pape, faire la volonté du Pape, c'est se sanctifier et s'assurer le ciel.
«Celui qui m'aime, dit Jésus, observe mes commandements. » ( Jean XIV, 15 ) De même, si mous aimons vraiment le Pape, si nous voyons Jésus en lui, nous voudrons lui obéir. L'amour du Pape entraîne
nécessairement l'obéissance entière à ses décisions, à ses conseils, à ses moindres désirs. Pas une obéissance quelconque, mais une parfaite soumission de coeur et d'esprit, une docilité absolue, un acquiescement plénier à toutes ses directives.
« Celui qui vous écoute, m'écoute; et celui qui vous méprise me méprise.» (Luc X, 16 ) Cette parole du Christ se rapporte à ses représentants, mais surtout au Souverain Pontife, son représentant par excellence.
« Quand on aime le Pape, disait saint Pie X, on ne discute pas sur ce qu'il ordonne ou exige, ni jusqu'où doit aller l'obéissance, ni en quelles choses on doit obéir; quand on aime le Pape, on ne dit pas qu'il n'a pas parlé
assez clairement, comme s'il était obligé de redire à l'oreille de chacun la volonté qu'il a tant de fois clairement exprimée, non seulement de vive voix, mais par des lettres et d'autres documents publiés; on ne met pas en doute ses ordres, sous le
prétexte, familier à ceux qui ne veulent pas obéir, que ce n'est pas le Pape qui commande, mais son entourage; on ne limite pas le terrain sur lequel il peut et doit exercer son autorité; on ne préfère pas à l'autorité du Pape celle d'autres personnes, si
doctes soient-elles, qui ne pensent pas comme le Pape. » ( Aux membres de l'Union apostolique, novembre 1912 )

3 - Prier pour le Pape
Nous devons surtout prier pour le Pape. Il a tant besoin de lumière et de force. Si troublés sont les temps où il vit ! Si multiples les problèmes qu'il doit affronter ! Quel meilleur témoignage d'amour ses fils peuvent-ils donner à
ce père bien-aimé que de se souvenir chaque jour de lui auprès de Dieu, de contribuer par leurs prières à lui obtenir une assistance toujours plus grande de l'Esprit-Saint.
Après avoir évoqué l'image du bon Pasteur et après avoir affirmé que cette charge de Pasteur lui tenait à coeur, Sa Sainteté le Pape Jean XXIII soulignait la nécessite de la prière pour le Pape et en expliquait l'importance au point de vue
social:
« Mais plus encore que l'action, c'est l'esprit dans lequel elle est menée qui importe. Tout pontificat prend sa physionomie de la figure de celui qui l'exerce. Il est certain que les physionomies de tous les papes qui se sont
succédés dans le cours des siècles reflètent et doivent refléter le visage du Christ, le Divin Maître qui parcourut les routes de notre monde pour répandre la bonne doctrine et la lumière de son merveilleux exemple. Or, le grand enseignement du
Christ se résume dans sa parole: « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur. » ( Matth. XI, 29 )
Âmes pieuses et ferventes du monde entier, Nous vous supplions de toujours prier le Seigneur pour le pape, afin de lui obtenir la pratique d'une douceur et d'une humilité parfaite. Nous sommes assuré en effet que de nombreuses
richesses suivront la pratique de ces vertus. Ainsi la continuation de l'oeuvre hautement spirituelle du père de tous les fidèles rendra de plus un immense service à tout l'ordre social, temporel et terrestre. »
Cette prière pour le Pontife Suprême est un des points essentiels de notre dévotion au Pape. Elle remonte aux premiers jours de notre histoire chrétienne et s'identifie en quelque sorte avec la prière même de Notre-Seigneur: « J'ai
prié pour toi, disait-il à l'apôtre Pierre, le premier Chef de son Église, afin que ta foi ne défaille pas. » ( Luc XXII, 32 )
Il voulait le rassurer, au moment même où il lui laissait entrevoir ses obligations pontificales, et lui assurer en même temps la prière de son Église. À bien y penser, le poids des responsabilités du Souverain Pontife est vraiment écrasant
pour des épaules humaines. Il est du devoir de chaque chrétien d'alléger ce poids. Et c'est surtout par la prière qu'il peut s'acquitter de cette tâche.
Qui prie pour le Pape, prie en même temps à ses intentions; et les intentions du Saint-Père sont celles du Christ et de son Église.
------------------
Chrétien et Apôtre 1961
