L’HUMILITÉ FAIT FLEURIR LA JOIE,
L’ESPÉRANCE ET LE PARDON
Nous ne
pouvons pas parler de simplicité sans méditer sur l’humilité qui est une vertu de base pour le fondement de notre édifice
spirituel.
Or,
réfléchir sur l’humilité en notre monde moderne, c’est devenu quasi un non-sens ou, pour le moins, une chose peu commune. Et
prêcher l’humilité, c’est ramer à contre-courant, car tout en notre société actuelle prône l’autosuffisance, la concurrence, la
supériorité ou bien les revendications, l’individualisme et l’indépendance...
Chose
curieuse, en même temps qu’on lutte contre la guerre, on vote pour l’avortement qui tue plus que la guerre; partout on proclame
l’amour et la fraternité et, du même souffle, on préconise l’amour libre et le divorce qui détruisent tout amour; on réclame à
grands cris le désarmement et on engouffre des tonnes de drogues, l’arme la plus destructive qui soit... En définitive, au sein
de cet illogisme, domine l’orgueil, et le monde cherche le bonheur sans se rendre compte qu’il ne le trouvera qu’en se tournant
vers les valeurs de la Bible, particulièrement celles de l’Évangile.
En
l’Écriture Sainte, aussi bien dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, la préférence de Dieu va aux pauvres, aux petits, aux
humbles. En effet, le pauvre de coeur ou l’homme humble est celui qui a la capacité de tout référer à Dieu. Son humilité lui
donne un regard surnaturel sur toute chose, tout événement, toute personne. Et reconnaître que Dieu est le Tout et que nous
sommes Néant, c’est nous situer dans la Vérité, mais c’est aussi la base et la clef de voûte de la vie spirituelle. Par le fait
que nous acceptons nos limites, que nous reconnaissons nos fautes, nous pouvons nous corriger...
C’est donc
grâce à l’humilité que nous pouvons plus facilement nous approcher de Dieu, déjà en cette vie, et jouir plus intensément de la
vision béatifique en l’autre. «L’humilité est le fondement de l’édifice spirituel», nous dit saint Jérôme. Saint Grégoire
le Grand, pour sa part, l’appelle «la mère des vertus».
Le mot
«humilité» vient du mot «humus», c’est-à-dire «terre fertile» résultant de la décomposition des déchets végétaux. Alors, comme
une terre fertile transforme le grain pourri en une plante vigoureuse, ainsi l’humilité permet à l’âme de tirer profit de tout,
même des détritus et, dans le silence, elle transforme tout en beauté, en vie nouvelle. Ou bien, comme l’huître transforme le
grain de sable en une perle magnifique, de même l’âme humble se sert de tout ce qui la blesse: incompréhensions, injustices,
affronts, etc., pour faire fleurir la joie, l’espérance et le pardon. De plus, l’âme humble s’élève plus facilement dans la
louange de Dieu. (...)
Hélas! en
notre nature déchue, l’orgueil conditionne souvent notre comportement, obscurcit notre intelligence tout en nous éloignant de
Dieu et du prochain. Car l’âme orgueilleuse se donne toujours la première place... mais «choisir la première place», ce n’est pas
toujours d’une façon visible et matérielle...! Combien de fois, en notre coeur, nous donnons aux autres la faute, alors que nous
nous disculpons; combien de fois, par nos paroles, nous rabaissons les autres, tandis que nous nous élevons au-dessus de tout
soupçon? Combien de fois, peut-être, avons-nous choisi ce qui nous plaisait pour abandonner aux autres ce qui nous répugnait?
Nous venons
chaque jour au banquet eucharistique. Avons-nous déjà pensé y prendre la dernière place? Puisque la messe est le Sacrifice du
Calvaire notre place serait sur la croix! La place qui nous revient, la dernière, c’est celle que Jésus occupe: celle du pécheur,
celle du condamné, celle du malfaiteur châtié à cause de ses crimes...
Jésus
choisit donc cette dernière place et, par son humilité, transforme tout en lumière et en amour. Par sa mort sur la croix, nous
sommes délivrés et nous pouvons prendre place auprès du Père, la place de Jésus; par son sacrifice, nous sommes devenus frères et
soeurs, les fils et filles de Marie. Par son abaissement, il nous élève jusqu’à nous faire participer à sa nature divine.
De même
Marie, par son humilité, voulant garder sa virginité, se donne la dernière place, ou s’enlève toutes les possibilités d’être la
Mère du Sauveur promis. Mais grâce à son abaissement, elle rétablit la faute d’Ève et devient vraiment Mère des vivants. Comme
Jésus, elle est aussi la terre fertile (l’humus) qui transforme tout en riche moisson. Grâce à elle, Eva se change en Ave; Jésus,
le fruit de ses entrailles, nous est donné; la faute de l’humanité est effacée et, dans la grâce, nous sommes rétablis.
Il est vrai
que plus le fondement qu’est l’humilité est profond, plus le monument des vertus s’élève haut dans le Ciel.
Nous sommes
venus vers Jésus qui s’est abaissé jusqu’au sacrifice de la Croix, mais le Père l’a élevé dans la gloire céleste parmi les
milliers d’Anges en fête qui l’adorent en chantant: «Saint, Saint, Saint, le Seigneur! Hosanna au plus haut des Cieux!»
P.M. Péloquin