«  La Paix et le Glaive »

 

Le Christ Prince de la Paix

 

 

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LA PAIX ET LE GLAIVE

Le Christ est le prince de la paix. Sa naissance fut fêtée par une multitude d’anges qui louaient Dieu en disant: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime» (Lc 2, 14). Et la veille de sa passion, il dit à ses disciples: «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme le monde la donne» (Jn 14, 27). Et pourtant le Christ avait dit auparavant: «Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive» (Mt 10, 34). Nous achoppons sur un des plus grands paradoxes du christianisme et nous devons le résoudre avant de comprendre la béatitude des pacifiques.

La paix n’a rien d’un compromis. Elle est le fruit de la vérité. Et l’homme qui altère la vérité ou la parole de Dieu ne connaîtra jamais la paix. La vie chrétienne est un combat permanent contre trois ennemis: la séduction du monde, la tentation de Satan et la complaisance du moi. Toute notre vie durant, nous serons exposés à leurs coups. Il faut sans cesse veiller et prier, afin de ne pas succomber à la tentation. Si bien qu’ici-bas notre paix sera toujours relative. Et cette paix précaire ne tiendra qu’à notre alerte perpétuelle. Comme un guerrier sur un champ de bataille, le chrétien s’endort tout armé, et le glaive à portée de main. Mieux il est armé, plus son sommeil sera paisible et profond. C’est pourquoi le Christ, en nous laissant sa paix, nous a aussi laissé son glaive - le glaive de la vérité. Ces deux réalités, loin de s’opposer, se complètent, si bien que le glaive est indispensable pour conquérir et conserver la vraie paix.

Ne cherchons pas la paix pour elle-même: elle est le fruit de la perfection. Or, dit saint Bernard, la perfection ce n’est pas d’être parfait, mais de vouloir l’être. Il est évident que la paix dont nous pouvons jouir sur cette terre sera toujours relative, et qu’elle avancera par degrés, ces degrés qui jalonnent la voie de la perfection, celle de la Sagesse et de l’Amour. Et pendant que nous tendons vers la perfection, le Christ ne manquera jamais de nous donner cette paix. (...) Elle est pareille à une rivière, large, abondante, qui prend sa source au profond de nos coeurs. Dans l’Apocalyspe, saint Jean a vu «le fleuve de vie, aussi brillant que du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau». Ce texte, appliqué à notre vie spirituelle, nous montre le trône de Dieu et de l’Agneau comme notre âme, et ce fleuve de vie, aussi brillant que du cristal, comme la paix intérieure que le Saint-Esprit infuse en nous. (...) Le Saint-Esprit est l’esprit de paix, et là où il habite, là est la paix.

Rien ne conduit à la paix comme l’abandon total de soi-même à la volonté du Seigneur. Nous trouvons dans L’Imitation, ce dialogue entre le Christ et son disciple. Le Christ dit: «Mon fils, laissez-moi disposer de vous selon ma volonté, je sais ce qui vous convient.» Le disciple répond: «Seigneur, vous avez raison; vous avez plus de soin de tout ce qui me regarde que je ne saurais en avoir moi-même... si vous voulez que je sois dans les ténèbres, soyez-en béni... Si vous voulez que je sois dans la consolation, soyez-en béni; et si vous me voulez dans la tribulation, soyez-en toujours béni (III, 17). La paix chrétienne s’enracine dans la foi, se nourrit d’espoir et s’épanouit dans l’espérance. Cette paix n’est pas acquise par les hommes, mais elle est donnée par Dieu à ceux qui sont désireux de la recevoir. Elle émane de l’Esprit qui habite en nous. À celui qui a compris que le Seigneur s’est fait une demeure au centre de son âme, une sécurité est donnée, que le monde ne peut ni offrir ni enlever. L’amour chasse toute crainte!

«Heureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu!»

 

Réf.: Le Carmel intérieur, par John C.H. Wu,                                                                        chez Casterman, Tournai, Belgique, pp. 158-159

 

 

 

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