|
Messages : 1 -2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18 - (suite 2)
25 MARS 1945 Soudain, debout, à gauche, au-dessus de moi, Quelqu’un. C’est une Femme vêtue d’une robe blanche. Il me semble que c’est la sainte Vierge. Elle dit : « Ce trois figure mars ; ce quatre, avril ; et le cinq est le cinq mai.» (1) Disant cela Elle lève trois doigts, puis quatre, puis cinq. Elle montre le Rosaire et dit : « C’est grâce à ceci. Persévérez ! » Après un moment de silence Elle ajoute : « La Prière doit être propagée. » Et me voici devant une multitude ; ce sont des soldats, dont beaucoup de soldats alliés. La Sainte Vierge me les montre. Puis Elle saisit la petite croix de son chapelet et m’invite à regarder Jésus crucifié. De nouveau Elle fait un geste vers les soldats. C’est comme s’il me fallait comprendre que cette croix doit devenir le soutien de la vie de ces soldats. La voix dit : « Maintenant, ils retourneront bientôt chez-eux, ceux-là. » Je demande : « Êtes-vous Marie ? Elle sourit et dit : « L’on m’appellera la Femme, Mère. » La vision s’efface. Je regarde dans ma main. Une croix est à ce moment déposée devant moi. Je la dois soulever. Je la soulève lentement, lentement. Elle est si lourde ! Et, tout à coup, tout a disparu. (1) La guerre, en Hollande, cessa le 5 mai 1945 21 AVRIL 1945 Me voici soudain dans une église. Devant moi, un autel. Je me dis en moi-même : « Un autel bien particulier. » J’y vois l’Image de la Dame au milieu de fleurs. Il y a des fleurs jusque sur les marches de l’autel. Des milliers de fidèles, à genoux, prient devant l’Image. L’Image s’anime. La Dame me regarde. Elle lève un doigt, l’agite en un geste d’avertissement, et dit : « La Paix, vous la conserverez, vous, les hommes, si vous croyez en Lui. » La Dame me dépose une croix dans la main. Il me faut la montrer autour de moi. Et, par trois fois, désignant la croix, Elle prononce : « Il faut propager ceci. » Après cela, nous nous trouvons hors de l’église. Devant moi, un vide immense. Et dans ce vide immense je discerne des têtes humaines. Je suis comme invitée – ou poussée – à retirer une tête ici et là. La Dame dit : « Il y a des chefs qui, de nouveau, sont en train de manigancer quelque chose. » Puis m’est montré l’Exode, la sortie des Juifs de l’Égypte. Au-dessus d’eux, dans les nuées, Quelqu’un, que je crois être Dieu le Père. De la main Il se voile la face. « Et Yahveh a honte de son peuple », dit la Dame. Je vois très distinctement Caïn et Abel. Près d’eux, à terre, devant moi, je vois aussi très distinctement une mâchoire d’âne. Soudain Caïn s’enfuit. De nouveau l’église, l’autel. Au loin passe une procession : la Procession du Miracle, à Amsterdam. Tout disparaît. 29 JUILLET 1945 La Voix retentit : « Yahveh met son peuple en garde. » Et je vois un autel du sacrifice, dans les temps anciens. La fumée s’en rabat. La Voix dit encore : « Soyez fidèles ! Ils ont dispersé mes agneaux. » La Dame dresse une Croix sur l’autel. Une foule immense, debout – il me semble voir le monde entier – entoure l’autel. Mais la multitude baisse la tête et se détourne de la Croix. J’entends : « Venez, les fidèles. » Je vois, parmi la foule, circuler un calice. Mais… « Mais pour une partie, c’est en vain. » Je dois lever les yeux et je vois la Dame. Elle sourit. Elle ouvre les bras et dit : « Viens ! » Devant moi, maintenant, une foule d’hommes de toutes sortes et de toutes conditions, bons et mauvais mélangés. Beaucoup de noirs dans cette foule. La Dame invite la multitude à la suivre. Elle montre le chemin. Je le vois, devant moi, ce chemin, long, difficile ; mais au terme brille une vive lumière. D’un geste large la Dame presse tous ces hommes à s’engager dans la voie qu’Elle montre : « Voilà ! » Le cheminement est pénible, accablant. Sur les côtés, des hommes s’écartent et trébuchent. La Dame les contemple avec une maternelle sollicitude et sourit à leurs efforts. Une écriture se forme. Je lis : « De nouveau marchons dans la vie, avec le Christ. » Un voile de tristesse passe sur le visage de la Dame. Elle dit : « L’Angleterre me retrouvera. » Après un moment, Elle reprend, d’une voix lente et basse : « Et aussi l’Amérique. » Et, lentement, la Dame s’en va. Je vois un brouillard étrange flotter sur le monde.
29 AOÛT 1945 Soudain, la Dame. D’un signe Elle m’invite à regarder dans ma main. Je regarde et je vois des choses étranges qui sortent de ma main. J’y discerne aussi une grande tristesse. Oui, une grande tristesse déposée là, dans ma main, et que je dois regarder. La Dame sourit et dit : « Mais après, une grande joie viendra. » Je vois des rayons, de clairs rayons, puis de grands édifices, des églises, de nombreuses églises. « Il faut que cela devienne une grande communauté. » Je ressens en ma main une douleur atroce. Et je vois toutes sortes de tempêtes déferler sur les églises. Puis la Dame me montre trois Papes. En haut, à gauche, Pie X ; au milieu, notre Pape ; à droite, un Pape futur. La Dame dit : « Ces trois, c’est toute une époque. » « Ce Pape et le nouveau sont les Lutteurs. » La Dame me fait voir une guerre. Elle viendra beaucoup plus tard. C’est une guerre nouvelle, étrange. Elle causera de terribles désastres. Dans l’Église, bien des choses doivent changer. « La formation des ecclésiastiques doit être modifiée. » Et je vois passer des jeunes prêtres qui défilent en rang. « Une formation plus moderne, mieux adaptée à ce temps-ci… La Dame ajoute insistant sur ces mots : « …mais dans le bon sens, avec le bon Esprit. » Et je vois autour de ma main, tenue serrée, voler une colombe. De la colombe une lumière rayonne. La Dame, montrant le Pape, s’écrie : « Des vues larges, plus sociales. Il faut en arriver là. Diverses tendances penchent vers le socialisme. C’est bien, mais à condition que ce soit fait sous la direction de l’Église. » La Dame prend un air abattu. « Beaucoup, beaucoup de choses sont à changer dans la formation. » Je vois se lever une opposition : de puissants contre-courants. Une grande lutte s’engage dans l’Église. La Dame disparaît. 7 OCTOBRE 1945 Je vois, en Extrême-Orient, le soleil et la lune. La lune est à la moitié de son plein. Le drapeau rouge flotte sur la Chine. Puis je vois des mahométans et tous les peuples de l’Orient. Au-dessus de ces peuples, il y a, d’un côté, du rouge et, de l’autre, du noir. Beaucoup moins de noir que de rouge. J’entends la voix : « C’est comme si cela se rétrécissait jusqu’à devenir très mince. » Un long, un beau chemin s’ouvre devant moi. Il me le faut prendre ; mais je n’en ai point envie. (En ce moment, je sais que je représente l’humanité.) Je me décide enfin. Je m’engage sur le chemin. Accablée, fatiguée, j’avance lentement, si lentement… Je continue pourtant et j’arrive au terme du chemin. Je me trouve alors devant une sorte de grand château surmonté de tours. Une porte s’ouvre, mue de l’intérieur, et une main m’invite à entrer. Je suis tentée de retourner. Enfin, j’entre. Une main saisit ma main ; et c’est alors que je reconnais la Femme, vêtue de blanc, la Dame. Elle sourit : « Viens ! » Ma main me fait mal – la douleur est insupportable – mais la Dame la serre fermement en la sienne. Elle me conduit. Nous voici dans un jardin magnifique. En un certain endroit de ce jardin, Elle dit : « Ceci est la Justice. Il faut la chercher à l’extérieur. » Elle dessine un grand geste comme pour me désigner l’extérieur. « Il faut qu’on la retrouve, sinon le monde se perdra de nouveau. » Et la main qui me fait si mal ! Je n’en puis supporter la douleur. Mais la Dame sourit et me conduit plus loin. Nous arrivons en un autre enclos du jardin. Elle dit : « Ceci est la Vérité. Écoute bien… » Elle agite le doigt en manière d’avertissement. « La Vérité est ici, à l’intérieur ; mais elle n’st pas là-bas, dehors… Non, pas du tout là-bas. » Et je voudrais, moi, que la Dame me lâchât la main ! Elle me tient si durement ! Mais, tout à coup, me voici comme planant au-dessus de quelque chose que me désigne la Dame… Je lève deux doigts et soudain m’apparaît le Pape. Le Vatican est sous lui. Bientôt, c’est toute l’église de Rome qu’il m’est donné de contempler. Dans l’air un mot est écrit. Je lis : ENCYCLIQUES « Voilà , dit la Dame, le bon chemin. »Elle prononce ces mots d’un ton pénétré. Puis, tristement, Elle ajoute : « Mais elles ne sont pas vécues. » Je revois le Vatican, et, autour, l’Église catholique tout entière. La Dame me regarde et, mettant un doigt sur sa bouche, Elle dit : « Comme un secret entre toi et moi. » De nouveau Elle pose son doigt sur la bouche, et, très doucement : « Pas toujours là, non plus. » Elle me sourit encore, me regarde comme pour me réconforter et dit : « Mais cela peut s’arranger. » Alors me sont montrées d’autres églises de diverses confessions. La Dame lève le doigt en signe d’avertissement. Me désignant à nouveau l’Église catholique tout entière, Elle dit : « L’Église catholique peut certes s’agrandir, mais… » Et je vois toutes sortes de gens au service de la religion, étudiants, prêtres, religieux et religieuses, etc., défiler en rang très denses. La Dame hoche la tête et, lentement, appuyant sur les mots, Elle prononce : « C’est bien triste à dire, mais cela ne vaut rien. » Elle regarde devant Elle. Son regard est sévère. Me montrant à nouveau tous ces étudiants, ces prêtres, ces ecclésiastiques, Elle ajoute, et sa voix est d’une extrême fermeté : « Une meilleure formation… S’adapter à ces temps-ci, de façon plus actuelle, plus sociale. » Et je vois, sur notre Église, planer une colombe noire. Je dis bien : une colombe, et noire ! Du doigt la Dame la désigne : « Ceci est le vieil esprit. Il faut qu’il disparaisse. » Il disparaît en effet car, tout aussitôt, la colombe noire devient une colombe blanche. « Voici la Colombe nouvelle. » « Il diffuse sa clarté partout et sur tous. Parce que le monde est en train de périr ; il s’écroule. Encore quelques années et le monde ne serait plus. Cependant voici qu’il vient. Il rétablira le monde. Mais… » Elle s’arrête. On sent que l’avertissement est solennel : « Il faut… » Elle prononce ces mots avec gravité : « Il faut qu’ils écoutent. Ils veulent retourner. Ils veulent sortir d’ici. Ils refusent de venir en ce lieu… » (Nous sommes, pour lors, dans le Château.) « Cela ne leur dit rien, aux hommes. » Poursuivant notre chemin, entrant profondément dans le jardin, nous voici parvenues devant une grande croix… « Portes-la ! Il t’a précédée. » Je refuse. Or, je sais, je sens, à travers mon refus, tous les hommes du monde entier refuser et se détourner de la Croix. Une main saisit ma main. Et je vois la Dame, debout, devant moi, sa main dans la mienne. « Viens ! » Et, là, tout en lumière, Quelqu’un. Un long manteau le couvre. Il nous précède. Il porte une croix très grande ; non, il la traîne. Je ne discerne pas son visage tout ébloui de lumière. La Dame dit : « Tout seul ! Vois, il va dans le monde chargé de la Croix ; et personne ne le suit ! Tout seul ! Il marche là, tout seul, et personne ne le suit ! » « Quelque chose alors surviendra, de très grave. Et, tout d’un coup, au beau milieu du monde, la Croix sera redressée. Les voilà bien obligés de regarder maintenant, qu’ils le veuillent ou non. » Ensuite paraissent maints emblèmes étranges. Je vois, sous la Croix, des croix gammées. Elles tombent. Puis viennent des étoiles ; elles tombent. Il y a des faucilles ; il y a des marteaux. Et tout cela tombe sous la Croix. Du rouge aussi. Mais le rouge ne disparaît pas tout à fait. Elle dit : « À présent, tous élèvent leur regard. À présent, ils consentent, mais à quel prix ! .. Il faisait si noir sur la terre ; et voici que tout s’est éclairé ! » Elle ajoute : « Tu vois, maintenant, que tout cela n’en vaut pas la peine. » L’étreinte qui retient ma main se relâche. Et, soudain, voici : la Dame est là ; je la vois. Elle est debout. Elle tient le Rosaire. « Il faut persévérer dans la prière. Le monde entier doit prier. » Elle désigne la Croix. « Il faudra bien que le monde y revienne, grands et petits, pauvres et riches ; mais que cela coûtera de peine… » Le globe de la terre est devant moi. Elle dit : « Je pose mon pied sur le monde. Je les aiderai. Je les conduirai et les mènerai au but. Mais il faut qu’ils m’écoutent. » Et tout disparaît. 3 JANVIER 1946 J’entends la Voix : « Angleterre, prends garde ! » Je vois, en Angleterre, une grande église. Il me semble que c’est l’Abbaye de Westminster. Un évêque m’est montré, mais point de notre église romaine. Puis paraît le Pape. Il est assis, l’air soucieux. Et de nouveau, l’évêque. Tout cela, je sais, concerne l’Angleterre. Un mot s’imprime: « L U T T E. » Que se passe-t-il en moi ? Quel trouble, quel dérangement ? C’est comme si tout mon être se transformait. C’est une sensation inexplicable, inexprimable. Je lève les yeux. La Dame est là, à gauche, debout, à quelque hauteur. Elle est toute vêtue de blanc. Elle me montre quelque chose. Je regarde. C’est l’Angleterre. La Dame parle : « Il viendra une lutte dans toute l’Europe et au-delà. » Une affreuse sensation de paralysie envahit mes membres. « Cette lutte sera dure : une lutte spirituelle. » La Dame dit : « Viens ! » Elle désigne ma main. Quelque chose, comme une croix, y est déposé. La Dame me fait alors comprendre ce qu’Elle attend que je fasse : il me faut, de la main tenant la croix, faire le tour du globe terrestre et montrer cette croix. La Dame dit : « Oui ; regarde cette croix. » Je regarde. Tandis que je regarde, la croix disparaît de ma main. Je ferme la main et fais le poing. (Je sais qu’il me faut bien observer cela : je fais le poing.) La Dame dit : « Regarde de nouveau la croix. » Et, de nouveau, la croix est en ma main. La Dame lève le doigt et le balance en signe d’avertissement. « Ils prétendent remplacer cette croix par d’autres croix. » Diverses choses, ou emblèmes, passent dans l’air, comme flottant. Je discerne ce qui appartient au Communisme, et aussi à un autre genre de subversion, non encore venu, une sorte de mélange de Marxisme et de Nazisme. : « Les chrétiens seront fatigués de la lutte », dit la Dame. Elle appuie tristement sur ce mot : « fatigués ». Elle me montre un objet. Je reconnais une chaire de vérité. La chaire est emportée ; et, tout aussitôt, devant moi, le désert. J’entends un appel. Plusieurs fois cette scène passe très rapidement devant mes yeux.. Voici, à présent, le Vatican, point central du monde. C’est comme si le Vatican tournait. Le Pape est assis, grave, immobile, deux doigts levés, regardant devant lui. Il me faut, là, me frapper par trois fois la poitrine. Quelqu’un survient. Il est à cheval et vêtu d’une cuirasse. Je demande : « Qui est-ce? » Et j’entends : « J E A N N E D’ A R C » Après cela, je suis comme contrainte à regarder dans mes mains. (Je sais, par une sorte de certitude intérieure, que ce qui se passe avec moi concerne l’humanité.) Je dis : « Elles sont vides. » La Dame considère mes mains. Et me voici portée à les joindre. Elle sourit. La Dame fait un mouvement, comme pour descendre. Elle dit : « Viens ! » Et nous voici, ensemble, au-dessus du monde et le parcourant. Soudain, il me vient à travers tout le corps la sensation d’une fatigue extrême. Je dis : « Je suis si fatiguée, si désespérément fatiguée ! » Mais, sans paraître y prendre garde, la Dame, poursuivant son chemin, m’entraîne avec Elle. Un mot paraît, fait de très grosses lettres. Je le lis à voix haute : « V É R I T É. » Nous continuons. Gravement, tristement, la Dame hoche la tête. « Vois-tu, toi, l’amour du prochain ? » Je regarde mes mains et réponds : « J’ai les mains vides. » La Dame me prend par la main, et nous continuons. Devant moi, le vide, un vide immense. La Dame dit : « Équité, justice, mais où donc les trouver ? » De nouveau paraît la Croix. Elle est érigée au point central du monde. La désignant d’un geste, la Dame m’invite à la soulever. Au lieu de cela je me détourne. (En ce moment je sais que je représente l’humanité.) Je saisis la croix, mais c’est pour la rejeter. La Dame dit : « Non !... Cette Croix doit être relevée et dressée au point central. Une sorte d’hommes viendront qui lutteront, qui lutteront pour cela. C’est moi qui les mènerai ici. » Durant ces paroles, j’éprouve par tout le corps une douleur atroce. Je gémis et me plains : « Oh ! Que cela me fait mal ! » Alors j’entends que l’on crie puissamment : « J É R I C H O ! » La Dame s’est élevée et replacée en haut, à gauche. Elle regarde en bas. Elle me regarde, moi, et me dit : « Il te faut annoncer cela. Avant cela, il n’y aura pas de paix. » Je revois le Pape. Un groupe nombreux d’ecclésiastiques ainsi que d’autres personnes, sont à ses côtés. Je dis : « On dirait qu’ils sont en conférence. » La Dame dit : « La lutte spirituelle se répand dans le monde. Celle-ci est pire que l’autre. Et le monde en est sapé. » Et, tout à coup, me voici comme à la surface de la terre, et puis, comme à l’intérieur de la terre. Je me sens pénétrer dans l’épaisseur de la terre. Je passe par toutes sortes de galeries. J’entends « J’Y S U I S » Une Voix dit : « E G O S U M » Et moi, tout bas, je dis : « Et le monde est petit. » La Dame, dessinant du doigt un geste large, dit : «ALLEZ ET PROPAGEZ » Tout, tout d’un coup, disparaît. 7 FÉVRIER 1946 Soudain, debout, la Dame. Elle agite le doigt en manière d’avertissement : « Contemple l’Europe. Avertis les peuples de l’Europe. » Son regard est fixe et grave. Elle ajoute, avec le même geste d’avertissement : « O R A E T L A B O R A » La Dame me fait voir un loup. Il va, vient, passe et repasse. Cette bête disparaît. À présent, la Dame me montre une tête de bélier, avec des cornes autour de la tête et qui sont comme entrelacées. La Dame dit : « L’ Europe doit se tenir sur ses gardes. Avertis les peuples de l’Europe. » La Dame me montre Rome. Je vois très distinctement le Vatican. Il tourne, le Vatican. La Dame, comme pour m’appeler, me fait signe du doigt. « Viens ! Regarde bien. » Je regarde. La Dame lève trois doigts, puis tous les doigts de la main. Plusieurs fois Elle renouvelle ce geste. « Regarde bien et écoute : L’Orient contre l’Occident. Europe, prends garde ! » Et soudain, l’Angleterre. La Dame fait un pas comme pour descendre. Elle pose le pied en Angleterre. Elle joint les mains. Elle dit : « Angleterre, malheur à toi ! » La Dame, de nouveau, me fait signe de bien regarder. Et je vois Rome. Je vois le Pape. Il est assis. Il tient un livre ouvert. Il me montre ce livre. Je ne puis discerner quel est ce livre. Alors le Souverain Pontife montre ce livre tout autour de lui. La Dame dit : « Mais beaucoup de choses doivent changer. » La Dame désigne l’endroit où se tient le Pape. Elle prend un air grave, hoche la tête, et, de nouveau, élève trois doigts, puis cinq doigts. Une sensation confuse m’envahit. J’entends : « De nouvelles calamités s’abattront sur le monde. » Une vaste plaine s’ouvre devant moi. J’y vois un gros oeuf. Une autruche s’enfuit. Après cela, paraissent beaucoup d’enfants noirs. Vient un nouvel avertissement et ce sont à présent, qui me sont montrés, des enfants de race blanche. J’entends : « Laissez venir à moi les enfants. » Et je vois Quelqu’un. C’est un personnage lumineux. Je pense que ce doit être Notre- Seigneur. Il est debout et des enfants l’entourent. Des mots s’inscrivent. Je lis : « LES ENFANTS DOIVENT ÊTRE ÉLEVÉS DANS LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. » Maintenant, devant moi, un fragment de carte géographique. J’entends : « LA JUDÉE. » Un mot est écrit : « JÉRUSALEM. » Deux flèches se dessinent ; l’une indique : « LA RUSSIE. » L’autre : « L ’AMÉRIQUE » Alors, je revois la Dame. Je vois aussi la lune. Je dis : « Il lui arrive quelque chose à cette lune ! » Après cela je suis comme élevée par la Dame au-dessus du globe de la terre. Tout est si étrange autour de moi que je m’entends me dire : « C’est une sorte de phénomène de la nature. » La Dame parle. Elle dit : « Peuples d’Europe, unissez-vous ! » Quelque chose, ici, ne va pas ! Au milieu de l’Europe, je vois l’Allemagne. L’Allemagne fait des efforts, et remue comme pour sortir de l’Europe. Et de nouveau, l’Angleterre. Il me faut, de mes deux mains, solidement, retenir la Couronne. C’est comme si la Couronne oscillait. Il me semble à présent parcourir l’Angleterre, traînant la Couronne. J’entends : « Angleterre, comprends bien quelle est ta tâche. Angleterre, il te faudra revenir au plus haut, the highest. » La Dame a disparu. 25 FÉVRIER 1946 C’est, tout d’abord, une lumière éclatante. Puis je vois la Dame. De là-haut, Elle me fait signe de regarder en bas, sous moi. Et j’aperçois l’Europe. La Dame hoche la tête. De petits anges se tiennent à ses pieds. Et tandis que je regarde, ils se voilent la face de leurs ailes. Là-haut, la Dame est debout dans l’éclat d’une vive clarté ; mais abaissant mon regard vers la terre je vois que tout est noir ; et plus je regarde et plus tout devient de plus en plus noir. Je lève les yeux vers la Dame dans la lumière ; mais Elle, le visage sévère, m’oblige à les tourner vers la terre. Un mot se forme, largement imprimé sur les ténèbres : « V É R I T É. » Levant les yeux, je revois les anges aux pieds de la Dame. De nouveau ils se couvrent le visage de leurs ailes. La Dame dit : « Avertis ! La Vérité a disparu. » Je réponds en moi-même : « Comment pourrais-je, moi, faire cela ? » « Allez et propagez. » Elle dit. Et ce disant, Elle désigne du doigt le monde. Je discerne, mais vaguement, des ecclésiastiques et des églises, en grand nombre. « Cherche ; et vois si tu peux Le trouver ? » Et son geste, une fois encore, me désigne le monde. Je cherche… Je cherche… Je dis : « Je suis si fatiguée ! Et j’ai si mal ! » Alors je vois une grande croix se détacher de la Dame. L’on dirait que cette croix est comme traînée. Mais je ne voie pas qui la tire ainsi. Je ne vois que la croix. La croix fait le long chemin qui va du haut vers le bas, vers la terre. Et, tout d’un coup, la croix est redressée, plantée toute droite au point central du monde. Je me tourne vers la Dame. Je vois un long cortège qui s’avance. Ce sont, je pense, des pèlerins. Elle dit : « Regarde. » Je regarde. La Dame dessine un arc au-dessus du monde. L’arc déployé, c’est comme si Elle y inscrivait quelque chose. Un mot paraît au sommet de l’arc. Je lis tout haut « VÉRITÉ ». Puis Elle écrit à gauche. Je lis : « FOI ». Puis Elle écrit à droite. Je lis : « AMOUR ». Me montrant le tout, Elle dit : « Allez et propagez. » La Dame fait un nouveau geste en direction de l’arc : « Cela doit revenir ; apparemment cela y est ; en réalité, cela n’y est pas. » Disant cela son visage s’empreint d’indicible tristesse. Et me voici, moi, poussée à dire : « Calamités sur calamités et désastres naturels. » Alors des mots paraissent. Ce sont : « FAIM » « CHAOS POLITIQUE ». Elle dit : « Non pas pour ton seul pays, mais pour la terre entière. » Une douleur énorme me saisit. Je dis : « Voici des jours de douleur et d’oppression sur le monde. »Des mots surgissent : « SANS ISSUE » Mais, tout d’un coup, la lumière éclate autour de moi. La Dame fait un mouvement comme pour descendre. Me désignant les trois mots : « VÉRITÉ, FOI et AMOUR », Elle sourit et dit : « Mais il faudra qu’on apprenne beaucoup de choses ! » D’un geste Elle m’invite à regarder vers la droite. Et voici : un homme est assis. Cet homme porte une barbe et il élève deux doigts joints. Sous son coude, un gros livre. Devant lui, une grosse clef. L’image s’efface. La Dame dit : « Regarde. » Et je vois une grande pierre. Sur la pierre, un Agneau couché. J’entends : « ECCE HOMO ». Et tout, tout d’un coup, disparaît, la Dame et la lumière. 29 MARS 1946 La Dame apparaît tenant un enfant dans ses bras. Et puis, comme subitement descendue, la voici, là, debout sur le globe. Et le globe tourne sous ses pieds. Elle me regarde et dit : « Viens ! Suis-moi. » Je la suis. Et c’est comme si nous parcourions le globe. La Dame se tourne vers moi, et, désignant l’Enfant : « C’est Lui, de nouveau, que je veux apporter à ce monde. » Mais disant cela, la Dame secoue la tête comme pour dire non. Je considère l’Enfant ; mais pendant que je le regarde, l’Enfant devient une Croix. La Croix tombe sur la terre et se brise. Je vois le monde. Le monde est couvert de ténèbres. Alors, tout à coup, j’entends la Dame crier : « Mais ramène-Le donc dans ce monde ! » Et Elle montre la Croix. Et, soudain, voici la Croix dressée au point central du monde. Une foule l’entoure. Il y a là des gens de toutes sortes ; mais tous se détournent de la Croix. Alors je suis saisie d’une fatigue extrême. Je m’en plains à la Dame. Elle me répond d’un sourire. Or, voici : la Dame me paraît à présent comme assise dans une sorte de fauteuil ; et l’Enfant, de qui émane une grande lumière, repose sur ses genoux. Elle dit : « Tout d’abord retourner à Lui. Alors seulement viendra la vraie paix. » La Dame appuie sur le mot « vraie ». Alors, des mots se forment, dessinant comme un arc au-dessus de la Dame. Je sens les devoir lire à haute voix. Je lis : « VÉRITÉ » Je m’adresse à la Dame et lui dis : « Encore? » La Dame fait « Oui », de la tête. Je continue de lire à voix haute ; à gauche, je lis : « JUSTICE » À droite, je lis : « AMOUR DU PROCHAIN » Alors je vois aux pieds de la Dame comme un lion de pierre dont la tête est ceinte d’une sorte d’auréole. Des clochers, des églises, se profilent à présent derrière le fauteuil où la Dame est assise. L’Église d’Angleterre passe en premier plan. Voyant des évêques, je dis : « Ils ne sont pas de notre Église. » Tandis que je regarde ces prélats, un grand X vient les biffer. La Dame sourit. L’Enfant, sur ses genoux, a soudain grandi. Il est debout et tient un calice. Alors, se présente une échelle. Je la dois gravir. Parvenue tout en haut, un très grand signe s’offre à ma vue : Un X traversé par un P. La Dame dit : « La religion devra mener un dur combat. On la veut anéantir. Ce sera fait avec tant de raffinement que personne, ou presque, ne s’en souciera. Je mets en garde. » Son visage est grave. Elle désigne le calice et dit : « CHRISTUS REGNUM ». Maintenant, devant moi, Jérusalem. J’y vois une lutte. Des prêtres arméniens surviennent. Je lève deux doigts. Je revois la Dame sur son trône. L’Église d’Angleterre est là, ainsi qu’une Église russe, une Église arménienne et beaucoup d’autres Églises. Et tout cela tourne, se noue et se mêle en une sorte de tourbillon. La Dame contemple, soucieuse. Alors, scandant les mots, fermant le poing. Elle prononce : « Rome, veille ! » Elle disparaît subitement. 9 JUIN 1946 Devant moi, debout, la Dame. Elle agite le doigt ; l’avertissement qu’Elle donne semble être pour le monde : « URBI ET ORBI »« Cela, pour le moment, est l’essentiel » Elle descend ; et alors je remarque qu’Elle porte un petit enfant emmailloté de langes. D’un signe Elle m’invite à la suivre. Je la suis. Et voici : parvenue au point central du monde, la Dame y dépose l’Enfant. L’Enfant se met à pleurer très fort. Or, montrant l’Enfant, Elle dit : « Hommes, qui êtes pour Lui, mais veillez donc ! » Elle ajoute : « Je ne saurais assez vous mettre en garde l » Quand, de nouveau, je porte les yeux sur le point central, là où l’Enfant a été déposé, l’Enfant n’y est plus. Et la Dame, debout, affligée, regarde le monde. Elle parle : « Non… Ce n’est point parmi ces hommes qu’on les trouvera : la Justice, la Vérité, l’Amour. » Elle parut regarder quelque chose au loin, fixement. « Calamité sur calamité… Je vous le dis pour la seconde fois : aussi longtemps que tout cela n’y sera pas, il ne saurait y avoir de paix véritable. » Elle ajoute : « Prier et oeuvrer pour le bien. Pas seulement prier. Agir, veiller. » Quand je levai les yeux, la Dame s’était déplacée latéralement ; et voici, du côté opposé, que s’avance vers moi quelque chose qui ressemble à des démons. « Je vous annonce une nouvelle et grande calamité sur la terre. » Elle dit. Et tout en Elle marque la détresse et l’affliction. Elle continue d’avertir : « Si seulement les hommes voulaient écouter !... » Mais, secouant la tête, Elle fait signe qu’ils ne veulent rien entendre. Alors me sont montrés des jours qui vont venir. Ce sera une période de peu de durée. J’entends : « En apparence, pendant un temps assez court, tout marche bien. » Et voici : la Dame me montre du doigt le globe. Le globe éclate. La Dame montre le ciel. Elle est à ma droite, donc à l’Occident : Elle désigne l’Orient. Je vois dans l’air une multitude d’étoiles. Elle dit : « C’est de là que cela vient. » Or, soudain, devant moi, un chapeau de cardinal. Un signe, en forme d’X, vient le recouvrir. Rome m’est montrée. Une contestation s’élève au sujet du Pape. Je vois de nombreux évêques, mais non catholiques romains. Un mot retentit : « QUEL DÉSASTRE » La Dame disparaît. 4 JANVIER 1947 La Dame apparaît. Elle dit : « Qu’ils cherchent donc appui dans la vérité. » Comment exprimer cela : Elle me fait comme tâter le monde. Je tâte de la main le monde ; et j’en éprouve une douleur atroce. Elle dit : « Et tel est le monde d’aujourd’hui. » Ma main continue de « sentir » le monde. « Cela, c’est le monde à venir. Il est très chargé. Il se détruira lui-même. » Elle saisit le globe. Elle « retourne » le monde. « Cela doit s’améliorer, mais… » Elle montre quelque chose. Je regarde. Je vois différentes églises. Parmi les églises, au centre des églises, Rome. « Rome, mais tiens-toi donc sur tes gardes ! » Ainsi parla la Dame. Alors paraît l’église d’Angleterre. Un changement y survient. La Dame paraît faire un pas en avant. Elle dit : « Regarde. » Je regarde. Ce sont des clochers. Ils paraissent groupés. La Dame les lie ensemble avec une ceinture de fer. Et tandis qu’Elle et moi contemplons cette gerbe de tours, Elle dit : « Plus haut ! » « Plus haut ! » « Plus haut ! » Et voici : Elle écrit quelque chose au-dessus de cette église ; je lis à haute voix « AMOUR DU PROCHAIN. » Elle met ces mots au milieu et au-dessus des clochers. À présent, Elle écrit à droite et plus bas. Je lis : « JUSTICE. » Elle va vers la gauche et trace un autre mot. Je lis : « VÉRITÉ. »« Tout cela n’y est pas encore effectivement. Combien de fois ne l’ais-je déjà dit ? » Et Elle hoche la tête d’un air compatissant. Et voici Rome. La Dame me la montre et dit : « Je ne saurais assez insister : qu’ils poursuivent, mais dans le bon sens. » Et je vois advenir de grands changements. Et je vois jaillir comme d’énormes flots rouges. Ils pénètrent de plus en plus profondément ; ils s’étendent de plus en plus largement. Elle dit : « C’est bien, mais… plus spirituel ; vraiment dans la Vérité, la Justice et l’Amour du prochain. » Des années me paraissent devoir s’écouler. Et voici poindre de toutes nouvelles formes de spiritualité. « De nouveau, j’avertis Rome. Large… ils doivent voir large, mais… » La Dame fait un dernier geste vers les mots qu’Elle a tracés et disparaît.
30 AOÛT 1947 J’entends la Voix. Je lève les yeux. Je suis oppressée, accablée. La Voix dit : « Ah ! Qu’il fait lourd ! » Cette pression, cette oppression, je l’éprouve. Et, soudain, devant moi, l’Italie. Un orage terrible, formidable, éclate sur l’Italie. J’entends : « E X I L » Et me voici comme marchant au-dessus de l’Italie. Et me voici comme chargée de frapper et frappant, j’entends : « C’est comme si elle recevait coup sur coup. » Le nord de l’Italie. Le sud de l’Italie en sa pointe extrême. Je le discerne nettement. Mais au centre, entre les deux, paraît régner la mort. Un dôme surgit, le vaste dôme d’une église. De très grosses gouttes commencent à tomber. Des gouttes de sang. Il pleut du sang sur le dôme et l’église. Une croix, au loin, se détache dans la lumière. J’entends : « Ce sera un grand combat politico-chrétien, une polémique ecclésiastique. » Je suis alors comme transportée en un vaste appartement du Vatican. Le Pape est assis. Il semble que quelque chose ici se trame. Des séances secrètes se tiennent au Vatican. À maintes reprises des hommes se sont réunis en secret et je crois comprendre qu’un délégué américain y assiste. Le Pape est tenu au courant de ces complots et il sait pertinemment quelle en sera la suite. Devant lui, de nombreux papiers. Une apparente, une fallacieuse paix règne sur le monde ; mais, en réalité, tout est camouflage et tromperie. Alors, je dois d’une main passer deux fois sur l’autre. J’entends : « Cela fera le tour deux fois. » Et je vois un moment précis. 7 DÉCEMBRE 1947 Je vois. La Dame est là, debout. J’entends : « Rome menacée. » Un grand chiffre paraît. Le chiffre 4. Un cercle se forme et se ferme autour du chiffre 4. La vision s’efface. Autre chose paraît : une croix. Les quatre bras de cette croix sont égaux. Un cercle se forme aussi autour de la croix. Au centre de la croix, les lettres I.H.S. Je saisis ce signe, le brandis, le montre alentour. Des foules s’assemblent. Tous regardent le signe ; mais beaucoup le récusent. Des nuages montent, épais et lourds. Sous ce sombre ciel de grandes vagues s’avancent et déferlent sur l’Europe. Je vois la Dame, vêtue de blanc, debout dans une lumière très vive. De ses paumes ouvertes jaillit un faisceau de rayons. Je me sens devoir lever la main. Je lève la main. Et ma main recueille les rayons qui émanent des mains de la Dame. J’en éprouve comme une sensation de courant et de chaleur. Désignant ma main, la Dame fait « oui » d’un mouvement de tête et sourit. Je ne sais ce que cela veut dire. Le visage de la Dame s’empreint de tristesse. Elle me montre, tout affligée, ces nuages et ces flots. « Il leur faudra tout d’abord périr en cette marée et alors seulement… » Ces mots s’inscrivent. Puis j’entends prononcer et je vois écrit le mot : « T O U S » Le visage de la Dame s’éclaire. Je vois l’eau comme s’élever en vapeur ; et le soleil, un instant, en paraît percer les nuées. La Dame me montre la terre. Et je vis que tout s’est évaporé. Le sol était partout jonché d’ossements épars. La Dame dit. « Et telle est la corruption. Alors travaillez, mais travaillez donc ! » D’un signe Elle m’invite à lever les yeux. Elle dit : « Lis ! » Des lettres se forment. Je lis : « ÉQUITÉ » Une douleur atroce me vient en la main, une main lourde, lourde, comme de plomb. La Dame dit : « Allons, lis encore » Je lis : « AMOUR DU PROCHAIN. » Ce sont de très grandes lettres, que viennent recouvrir des glaçons. Ils fondent goutte à goutte. La Dame dit : « Lis encore. » Mais je ne puis déchiffrer ce qui est écrit. Des flammes dansent parmi les lettres et me voilent le mot. Les flammes baissant, je lis : « JUSTICE » La Dame me désigne quelque chose. Je regarde. Ce sont des croix, partout des croix, pareilles à celles des cimetières militaires. Elles tombent les unes après les autres, renversées. La Dame fait un signe et de nouvelles croix apparaissent : des croix blanches. Et plus je regarde et plus je vois des croix. Aussi loin que porte mon regard, je les vois, ces croix, comme sortant de terre. La Dame dit : « Tel est le message que j’apporte aujourd’hui. » La Dame s’en va. Je sens un vide immense. Tout s’assombrit.
26 DÉCEMBRE 1947 Soudain, une grande lumière et, dans ma main, une douleur. Ma main est comme blessée par un faisceau de rayons. Et, maintenant, dans la lumière, la Dame. Elle dit : « Des cataclysmes vont venir. Ce sera du Nord au Sud, et du Sud à l’Ouest et de l’Ouest à l’Est. » Un dôme se profile. Il me semble que ce soit à Jérusalem. J’entends : « De durs combats se livreront autour et près de Jérusalem. » Tout à coup, le Caire. Et, en moi, un étrange sentiment de malaise. Je vois toutes sortes de peuples de l’Orient ; des Perses, des Arabes, etc. La Dame dit : « Le monde sera comme déchiré en deux. » Et le monde m’apparaît et se déchiré en deux. D’épaisses nuées roulent sur la terre. La Dame dit : « Il y aura beaucoup de malheur, beaucoup de misère. » Et j’éprouve la sensation du malheur et de la misère. L’Orient passe devant mes yeux. Je vois ses villages aux toits plats et blancs. Quelque chose de lourd me vient en la main. Je regarde. Et je vois se formes une croix. Il me faut la dresser sur la terre. La croix est lourde ; elle chancelle et balance, oscillant dangereusement de droite à gauche et d’avant en arrière. Elle va tomber… Non, elle se redresse, s’affermit et, enfin, se fixe solidement au sol. Il me semble qu’elle est devenue plus légère. Or, regardant au pied de la croix, je vois, répandus, des casques parmi des ossements. Une grande clef se met en ma main. Elle m’échappe. Elle tombe au milieu des ossements et des casques. Un défilé s’avance. Ce sont de jeunes soldats. J’entends : « Mais soutenez donc nos jeunes gens par une aide spirituelle. » Des tombes surgissent : elles sont blanches. De petites croix surgissent : elles sont blanches. De nouveau, une douleur en ma main. Je vois, côte à côte, l’Europe et l’Amérique. Des mots sont tracés : « GUERRE ÉCONOMIQUE » « BOYCOTT » « DEVISES » « DÉSASTRES ». Divers symboles apparaissent et disparaissent ainsi rapidement. Je vois des torches. Elles ne répandent leur lumière que sur trois côtés : l’Occident, le Nord et l’Orient. Je vois aussi des traits entrelacés, bleus et blancs. Puis ce sont des étoiles. Mais viennent la Faucille et le Marteau. Le Marteau se détache de la Faucille et tous les deux choient dans un tourbillon. Et voici entrant dans le tourbillon un soleil et une demilune. Finalement, un animal, bouc ou chamois, bondit au travers de ces choses désordonnées et tandis que tout, confusément, se précipite, un cercle se forme sur la gauche, au centre duquel tourne le globe. Soudain, un grand cadran solaire. J’entends : « Le cadran solaire est renversé. » Le cadran solaire s’efface. Une autre image le remplace, mais si rapidement que j’ai à peine le temps de la fixer, car l’objet est en vol et passe près de moi. C’est une sorte de cigare ou de torpille qui serait comme d’aluminium. La chose explose et, tout aussitôt, me tâtant de la main, j’éprouve de terribles sensations. C’est tout d’abord un complet, un total engourdissement : je suis à la fois vivante et morte. Ensuite se présentent des visages – de larges visages – couverts d’ulcères affreux, une sorte de lèpre. Me voici, à présent, ressentant les affres d’épouvantables maladies (choléra, etc.). De toute petites choses noires flottent dans l’air. Toutefois, je ne les vois point directement du regard de mes yeux : il me faut, pour les discerner, comme regarder au travers de quelque chose. Et alors je distingue ces petites choses, agrandies, qui volent en des espaces blancs. Je ne sais comment expliquer. Je dis : « Des bacilles ? » La Dame dit : « C’est infernal. » Mon visage se boursoufle. Ma tête, hypertrophiée, se roidit. Je ne puis remuer. La Dame dit : « Et voilà ce qu’ils sont en train d’inventer… » (Ici la voix se fait toute faible.) « …ces Russes, mais les autres aussi. » Elle ajoute : « Peuples, soyez avertis. » Elle disparaît. 28 MARS 1948 La Dame est là. Elle parle. « C’est le droit qui sera en jeu. Dans très peu de temps viendra le temps des choses graves. Elles seront précédées par le chaos, une période de doute et de désespoir. De sombres nuées s’amassent sur l’église Saint-Pierre. Elles se dissiperont mais au prix de grandes luttes et de beaucoup d’efforts. » Elle dit : « Sinon, périr » « Tous les chrétiens doivent se liguer. Unissez-vous la lutte commence. Il y aura beaucoup de douleur et beaucoup de misère. » « Les portes s’ouvrent. À Jérusalem, les peuples de l’Orient se couvrent le visage de leurs mains. Ils pleureront et se lamenteront sur leur ville » La Dame dit : « Il y a une grande source et, tous, pouvez vous y laver. » Des mots paraissent. Je lis : « ÉQUITÉ » « AMOUR » « JUSTICE ». « Aussi longtemps que ces mots ne brilleront pas au regard des hommes, aussi longtemps qu’ils ne brûleront pas dans leur coeur, il n’y aura pas de paix en vue. » Et voici : une croix est plantée dans le sol. Un serpent s’y enroule. Les ténèbres tombent autour de moi. Je vois un glaive. Il est suspendu au-dessus de l’Europe et de l’Orient. De l’Occident vient une lumière. La Dame dit : « PEUPLES CHRÉTIENS, LES PAÏ ENS VOUS L’APPRENDRONT. » Alors m’apparaît le Pape. Des gardes du corps – une garde renforcée – l’entourent. La Dame dit : « Des chausse-trappes, des pièges… » De gros nuages pèsent sur l’église Saint-Pierre. La Dame dit : « Soyez justes. Agissez selon votre doctrine. » « Couvrez-vous les yeux de vos mains et rentrez en vous-mêmes. » De nouveau une croix douloureuse se dépose en ma main ; elle est si lourde que je peux à peine la tenir. La Dame dit : « Tiens-la bien ferme. » Et, soudain, c’est comme s’il tombait de grands rayons de lumière. La lumière s’en va ; la Dame aussi. 7 MAI 1949 Il me faut lever deux doigts. Je les lève et je vois un évêque. Il est en habits de grande cérémonie. Un cercueil de pierre m’est montré. Sur le cercueil, un haut dignitaire ecclésiastique est étendu. Au-dessus, un chapeau de cardinal sur lequel sont posés un glaive et une couronne. Cette couronne est penchée. Une grande porte se présente à moi. Elle s’ouvre. Un personnage en habit long se tient devant la porte. Il me la faut franchir. J’ai comme un recul à devoir passer ce seuil. Soudain, la Dame. Elle dit : « Fais ce pas. » Arrivée à l’intérieur, je distingue un vaste espace circulaire. « Cela, c’est une tache noire », dit la Dame. « Vous devez y pénétrer profondément. Ici est la profondeur et l’obscurité des temps. » Et je vois la Dame, assise, en vêtements de deuil, la tête couverte d’un voile blanc. Ses traits son flétris ; son visage et ridé ; Elle est affaissée, courbée en avant. Elle parle et dit : « Nous sommes ici dans les ténèbres. C’est la corruption dans l’humanité. » J’aperçois la Croix. Le Corps s’en échappe et glisse. Et la Croix reste nue. « Le chemin du martyre recommence », dit la Dame De grosses larmes coulent sur sa face, dans le sillon des rides. Nous nous enfonçons, Elle et moi, dans les ténèbres. Plus loin ; plus loin ; et toujours dans les ténèbres ! Et voici que nous arrivons dans une grotte. Je demande : « Eh ! Qu’est-ce que cela ? Mais nous sommes dans une grotte. » La Dame me fait toucher la paroi. C’est de la pierre, de la pierre naturelle. Et maintenant, par terre, un peu de paille. Un enfant y est déposé. Alors, de toutes parts, des gens surviennent. La Dame dit : « Des gens ordinaires. Les moindres des Miens. » Elle précise : « Il n’y a plus de place pour eux… Des foules entières… Les moindres des Miens. » Soudain, cette grotte se transforme en une église, en d’interminables rangées d’églises. Dans cette église il y a aussi de la paille et, sur la paille, un enfant. La Dame m’emmène. Nous longeons toutes les églises. Elle me désigne les bancs. Ils sont vides. Elle dit : « Vois-tu l’erreur ? Du vide… » Tandis que nous regardons, les bancs se recouvrent de petites cartes blanches, pareilles à des cartes de visite. Une fois encore Elle prononce : « Vois-tu l’erreur ? » La Dame ayant alors passé la main sur toutes ces rangées de bancs, ceux-ci sont de nouveau sans cartes, nus, vides. « Les moindres des Miens. » Il me semble percevoir son désir de faire occuper toutes ces places vides. Alors paraît un évêque. La Dame dit : « Dis cela, dis cela. » Elle désigne les églises et ajoute : « Le monde doit être détaché de tout, et, surtout, l’Église. » Je revois l’Église Saint-Pierre. Le Pape est assis, la tête penchée. Près de lui, sa garde du corps. Cette scène est alors comme transportée dans la grotte. La Dame trace le signe suivant : un grand P que traverse un X. Elle dépose le signe devant les pieds du Pape. Devant le Pape est une croix. C’est une croix renversée, le montant en haut. La Dame dit : « Où sont tes soldats ? » Le Pape est assis, les doigts levés. Au-dessus de sa tête sont écrits ces mots : « LUTTE » « TOUJOURS PLUS DE LUTTE ». Des soldats apparaissent derrière le Pape. Ils ont de hauts bonnets. Eux aussi tiennent deux doigts levés. La Dame dit : « Alors vient un grand duel dans le monde. » Et je vois deux puissances qui s’opposent. Or, soudain, la scène est devenue une plaine avec des champs de blé qui ondulent lentement. La Dame dit : « Corruption ». Elle répète : « Corruption ». Elle dit encore : « La Russie fera tout en apparence. » Et : « Voici venir tout un renversement. » Et le monde m’est montré. On dirait qu’il fait un quart de tour. La Dame dit : « La nature change aussi. » Une voix crie : « LE CHRIST N’EST PLUS » Je vais tâtonnant et j’entends : « RÉALISME » « UN ESPRIT DE RÉALISME ». Et je vois pour ainsi dire cet « esprit ». Nous voici revenues dans la grotte. J’y discerne, amoncelés, tous les fruits, toutes les richesses de la terre. La Dame dit : « Maintenant, partageons. Tel était l’esprit qu’ils n’ont pas compris. » Elle me montre la Croix nue. Elle l’étend à plat, sur le sol. Je vois quelque chose. C’est quelque chose que nous ne connaissons pas encore. C’est quelque chose de central, de tout bleu, comme un espace, et d’une profondeur infinie. Tout autour : des anneaux avec des couleurs magnifiques. Je me sens attirée. C’est comme une sorte d’aimant. La Dame dit : « Ce sont des forces de la nature. Tu en entendras parler. » Nous continuons ; et, tout à coup, nous arrivons dans la lumière. J’arrive, moi, dans un autre cercle. À l’intérieur de ce cercle mes mains s’engourdissent, s’appesantissent, deviennent extrêmement lourdes. J’éprouve en mes mains une souffrance d’une certaine sorte : ce sont des douleurs terribles. Ceci est le cercle clair. À présent, de nouveau, brusquement, l’église Saint-Pierre. À côté : l’église d’Angleterre; puis une église d’Arménie ; puis l’église russe. Un cordon est passé autour des églises dont le Pape tient les deux bouts. Le Pape préside. Un mot retentit : « A T H É E S » Et les athées forment un demi-cercle. Puis vient un autre demi-cercle qui finit d’encercler l’église. J’entends la Dame. Elle dit : « De cette façon, nous n’arriverons pas. » Je vois un âne et des hommes en fuite. Sur l’âne une femme est assise, tenant un enfant : scène orientale. Je vois, devant moi, l’Europe et, à côté, l’Amérique. Il me faut recueillir une « poignée » dans l’Amérique du Nord et la répandre sur l’Europe. J’ignore de quoi, cette poignée que je répands. Des peuples d’Orient se profilent au loin, très loin. « Voilà ceux qu’il réveillera », dit la Dame. Une tête de mort apparaît. J’entends : « Voici venir un grand cataclysme. À cause de cela ils s’arrêteront. » « Les mers orientales sont pleines ; cela, tu ne le vois pas. » Alors, il me faut tirer une ligne du Nord à l’Ouest, obliquement, vers le bas. J’ignore ce que cela signifie. La Dame dit : « Ils cherchent la paix ; mais ils ne la trouveront pas. » Elle disparaît. 1 er OCTOBRE 1949La Dame parle : « Mon enfant, je t’aide ; aie confiance, même dans les moments difficiles. » Elle dépose en ma main une croix. C’est une lourde, une très lourde croix. « Enfant, tu devras porter la croix tout à l’entour. » Des chiffres apparaissent. Je lis : « 1950 » Puis : « 1951 – 1953. » L’église Saint-Pierre m’est présentée. Des gouttes tombent sur l’édifice. Est-ce de la pluie ou des larmes ? La Dame dit : « Avertis donc ! De cette manière-là, cela ne va pas bien. Mon Fils est de nouveau persécuté. Saisis la Croix et plante-la au beau milieu. Alors, mais alors seulement, viendra la Paix. » Tout à coup, les Balkans. Il y a lutte. On s’y bat de nouveau. La Dame dit : « Enfant, ce sera une lutte acharnée. Nous ne sommes pas encore sortis de cette lutte. Surviendront des désastres de nature économique. L’empire d’Angleterre chancelle. » Je vois la Couronne . (1) Une corde y est attachée que l’on tire, comme pour la mainteniren équilibre. Et voici le Pape. Il est en compagnie d’un Patriarche. La Dame dit : « Viens avec moi en Russie. » Et je vois en Russie, toutes sortes de gens, les uns dans de grandes bâtisses de verre, les autres sous terre. Il me semble que ce sont des Allemands, des Français, des Polonais, etc. La Dame dit : « Ils fabriquent des produits chimiques. Amérique, tiens-toi sur tes gardes. Interviens, mais interviens donc ! » La Dame ajoute : « Il ne s’agit pas seulement de vies humaines, mais aussi des puissances supérieures. » Elle dit encore : « Ramenez donc la foi dans le monde. Mais les croyants… » Et disant cela, Elle hoche la tête. « Mettez-la dans votre vie, et aimez votre prochain. L’Amour demeure le premier commandement. Après, vient la Justice. » Nous descendons le Danube. Et la Dame de dire, embrassant du geste les lieux d’alentour : « Il s’agit de travailler ici ; il s’agit de travailler là. » Elle fait un signe de gauche à droite. « Il faut un retour à Dieu. Le peuple, lui, est mûr. Ce sont les chefs qui ne veulent pas. » La Dame s’en est allée. (1) Le texte ne précise pas : mais il semble bien que ce soit celle d’Angleterre.
19 NOVEMBRE 1949 La Dame est là, qui me montre l’Italie. Elle dit : « Il faut, en haut-lieu, que l’on travaille. Les paroles ne servent à rien. Il faut des actes. » Et je vois chanceler l’église Saint-Pierre. La Dame ajoute : « Il faut en Italie, mener un combat plus intense contre le Communisme. Avertis l’Allemagne et l’Italie ; il est encore possible qu’elles soient sauvées. Ce que je dis, il te le faut transmettre : Que l’on réagisse contre la corruption de l’Allemagne. » « Les hommes sont bons ; ce sont les circonstances qui les égarent. Il faut, ici, revenir à la Croix et la dresser au point central. Tout d’abord commencer par les jeunes. Ramener la foi et la ramener dans les lieux de travail. Si l’Italie ne travaille pas à cela, et dur, elle périra. Les moindres des Miens, il faut qu’on les réveille ! » Et voici : il semble que la Dame conduise toute une foule et la pousse vers un autel que surmonte une grande croix. Elle dit : « Cela, c’est le travail des grands de la terre, mais… » Elle lève le doigt, l’agite, hoche la tête, comme pour dire : Non, ce n’est pas cela qu’il faut. « Pour cela, il nous faut, tous, coopérer. Transmets cela. Tous doivent prier et prier davantage. Prier contre la corruption. S’ils ne le font pas, le monde se détruira de lui-même, et tout entier. C’est en vue de cela que je t’ai montré ceci. » Et la vision soudain s’efface.
|
||
|---|---|---|