Santiago, janvier
1891. Le Chili vit des heures dramatiques: c’est la guerre civile et le
gouvernement est renversé. Le père de Laura meurt et afin de pouvoir faire
vivre sa famille, Mercedes, sa mère, se voit dans l’obligation de franchir les
Andes pour émigrer en Argentine. Manuel Mora, riche propriétaire d’un domaine
agricole et homme sans scrupule, lui ouvre les portes de sa maison. Même s’il
ne lui parle pas de mariage, Mercedes accepte, heureuse de trouver la sécurité
pour elle et pour ses filles.
Manuel observe les filles avec
indifférence et ne s’aperçoit pas de l’aversion qu’éprouve Laura pour lui. À
la fin des vacances, elle est bien heureuse de retourner au collège. En
quittant sa maman, elle lui dit: "Tu es toujours présente à ma pensée. Je
prie pour toi tous les jours, à chaque moment, toujours"" C’est qu’à
l’école elle a appris que vivre ensemble sans être marié est contre le
commandement de Dieu.
Le 2 juin 1901, Laura a la joie de
faire sa première communion. Le 8 décembre 1901, elle devient Enfant de Marie.
À la fin de l’année scolaire, Laura a
grandi et est devenue une belle jeune fille. Manuel qui, l’année précédente,
ne s’était guère intéressé à elle, la regarde maintenant avec insistance et
lui fait des compliments. Laura comprend que le moment de la lutte approche.
Souffrant toujours de voir sa maman
loin de Dieu, le 13 avril 1902, Laura demande à son confesseur, la permission
d’offrir sa vie pour sa mère.
La réponse de Dieu ne tarde pas: les
mois qui suivent apportent une détérioration de la santé de Laura, assez pour
que sa mère pense à la faire revenir à la ferme, mais les soins médicaux
n’empêchent pas le mal de progresser. À la ferme, Manuel ne peut plus
supporter l’absence de Mercedes. Un jour de janvier 1904, craignant de se
faire jouer encore une fois par Laura, il se rend à Junin: il a décidé de
passer la nuit dans l’humble maison où Mercedes s’est réfugiée avec sa fille.
Pour Laura, la lutte recommence:
"Chasse-le, maman! -Tais-toi,
petite sotte, rétorque Manuel. C’est moi qui commande ici. -S’il reste,
je m’en vais! dit Laura.
Et, malgré son extrême faiblesse,
elle sort de son lit. Furieux, Manuel se précipite sur elle, et la bat à coup
de poing et de pied. Laura ne peut plus se défendre, mais ses yeux grands
ouverts ne reflètent aucune peur. Elle gît aux pieds de Manuel, exténuée mais
non vaincue. C’est l’homme brutal qui est vaincu et qui s’en va en vociférant.
Laura ne se remettra pas de cet
assaut. Sa mission pourtant resterait incomplète si sa maman ne retournait pas
à Dieu. Au soir du 22 janvier, sentant sa dernière heure venue, Laura avoue:
"Approche-toi, maman! Je dois te parler. Je sais que je vais mourir. J’ai
offert ma vie à Jésus pour toi, pour que tu retournes vers
Lui. Je t’ai toujours aimée, maman. Ma vie est peu de
chose, pourvu que tu retournes vers le Seigneur. Je m’en vais, mais je
voudrais tant avoir la joie de te savoir de nouveau dans l’amitié de Dieu".
"Laura, ma petite, oui, je te le
promets, je te le jure au Seigneur. Qu’il me pardonne!"
L’ombre a disparu dans les yeux de
Laura et une grande paix l’envahit. En ce soir du 22 janvier 1904 (elle n’a
pas encore 13 ans), elle s’endort dans le Seigneur.
Le lendemain, Mercedes accomplit sa
promesse: elle revient à Dieu par la confession et communie.